La volonté du Christ, Maxime le Confesseur et Benoît XVI : le Christ au delà de nos psychologies.

Faire la volonté de Dieu est la motivation de l’accompagnement spirituel. Saint Maxime le Confesseur, spécialiste de la question de la volonté du Christ Homme-Dieu nous éclaire sur la question. Benoît XVI dans son livre  » Jésus de Nazareth » expose et éclaire cette question toujours et plus que jamais actuelle.

 


La volonté de Dieu va-t-elle s’opposer à la notre ?

Icône de Maxime le Confesseur

Icône de Maxime le Confesseur
Dans l’accompagnement spirituel, cette crainte est souvent sous-jacente. Pour y répondre, il faut faire un peu de Christologie, car c’est à partir de la Volonté du Christ que notre propre volonté personnelle pourra s’accroder à celle de Dieu. Nous citons le Tome II de Jésus de Nazareth, du pape Benoît XVI, page 184 et suivante, en encourageant à relire le livre, au du moins le chapître sur la Volonté du Christ.

 » Dans les grandes luttes qui se sont développées après Chalcédoine spécialement dans le milieu bizantin, il s’agissait essentiellement de la question suivante : si en Jésus il n’y a qu’une unique personne divine qui embrasse deux natures, qu’en est-il alors de la nature humaine ? Est-ce qu’elle peut, soutenue par l’unique personne divine, subsister vraiment comme telle dans sa particularité et dans son essence ? Est-ce qu’elle ne doit pas nécessairement être absorbée par le divin, au moins dans sa partie la plus élévée, dans sa volonté ? Ainsi, la dernière grande hérésie christologique s’appelle « monothélisme ». En s’en tenant à l’unité de la personne-affirme-t-on-il ne peut exister qu’une unique volonté; une personne avec deux volontés serait schizophrène : la personne, en fin de compte, se manifeste dans la volonté, et il n’y a qu’une seule personne, alors il ne peut n’y avoir qu’une seule volonté. Contre cette affirmation surgit cependant cette question : quel genre d’homme est celui qui ne possède pas une volonté humaine propre ? Un homme sans volonté est-il véritablement un homme ? Dieu s’est-il fait homme en Jésus si cet homme n’avait pas une volonté? »


A partir de la création, la volonté humaine est orientée vers la volonté divine.

La Christologie va nous permettre de comprendre comment  » faire la volonté de Dieu », et comment orienter notre volonté vers celle de Dieu. Cette question est centrale, pour ne pas dire cruciale, au sens fort du mot. Comme le précise le passage que nous venons de citer,  » un homme sans volonté est-il véritablement un homme? » .Benoît XVI souligne au passage que la volonté est la partie la plus élevée de la nature humaine.

Benoît XVI va plus loin et donne la clé pour comprendre ce qu’est l’adhésion de la volonté humaine à la volonté divine, en passant par une christologie claire.


 » Dans l’adhésion à la volonté divine, la volonté humaine trouve son achèvement et non sa destruction ».

 » Le grand théologien bysantin Maxime le Confesseur ( mort en 662) a élaboré la réponse à cette question aux cours des controverses pour la compréhension de la prière de Jésus sur le Mont des Oliviers. Maxime est avant tout et surtout un adversaire acharné du monothélisme : la nature humaine de Jésus n’est pas amputée à cause de l’unité avec le Logos, mais elle demeure complète. Et la volonté fait partie de la nature humaine. »

Ici, le texte de Benoît XVI montre une alliance complète entre anthropologie théologique, christologie et sciences humaines :

 » Cette dualité irrécusable en Jésus d’un vouloir humain et d’un vouloir divn ne doit pas, toutefois, conduire à la schizophrénie d’une double personnalité. C’est pourquoi nature et personne doivent être considérées chacune selon le propre mode d’être. Ce qui veut dire qu’il existe en Jésus la  » volonté naturelle » de la nature humaine, mais qu’il n’y a qu’une seule  » volonté de la personne », qui accueille en elle la  » volonté naturelle ». Et cela est possible sans destruction de l’élément essentiellement humain, parce que, à partir de la création, la volonté humaine est orientée vers la volonté divine. Dans l’adhésion à la volonté divine, la volonté humaine trouve son achèvement et non sa destruction « 


Coopération à la volonté de Dieu ou opposition ?

C’est ici que se place un élément important de distinction et de compréhension, pour notre époque dont la Christologie n’est pas assez formée aux grandes découvertes de la tradition théologique et dogmatique, si bien que l’on va plutôt appliquer au Christ des notions de psychologie qui ne peuvent être adéquates, car le Christ est au-delà de nos psychologies. La psychologie se situe dans le domaine de la santé psychique et non pas dans le domaine de l’âme spirituelle et du Salut.

Reprenons le texte de Benoît XVI :

 » Dans l’adhésion à la volonté divine, la volonté humaine trouve son achèvement et non sa destruction. Maxime dit à ce propos que la volonté humaine, selon la création, tend à la synergie ( la coopération) avec la volonté de Dieu, mais à cause du péché, cette synergie s’est transformée en opposition. L’homme qui trouve l’accomplissement de sa volonté dans son adhésion à la volonté de Dieu, sent alors sa liberté compromise par la volonté de Dieu. Il voit dans le  » oui » à la volonté de Dieu non pas la liberté d’être pleinement lui-même, mais une menace pour sa liberté, et il y oppose alors sa résistance. »


Adhésion de la volonté et libération du péché par le Christ.

Agonie au jardin des Oliviers, mosaïque de Lourdes

Agonie au jardin des Oliviers, mosaïque de Lourdes
Notre époque confond volontiers santé psychique et santé de l’âme ( Benoît XVI, Caritas in Veritate 76). La libération viendrait…de la guérison psychique, laquelle faciliterait…la conversion et donc la libération du péché. Ce n’est pas la tradition catholique de mélanger ces deux domaines. En réalité, la libération du péché n’est pas psychologique, elle se fait dans le combat du Christ qui  » entraîne notre nature récalcitrante vers le haut, vers son essence véritable » :

 » Le drame du mont des Oliviers consiste en ce que Jésus ramène la volonté naturelle de l’homme de l’opposition à la synergie et rétablit ainsi l’homme dans sa grandeur. Dans la volonté humaine naturelle de Jésus est en quelque sorte présente en Jésus lui-même toute la résistance de la nature humaine contre Dieu. Notre obstination à tous, toute l’opposition à Dieu est là, et Jésus entraîne dans son combat la nature récalcitrante vers le haut. »


Dans l’obéissance du Fils

L’accompagnement spirituel va donc consister à aider l’accompagné à entrer dans l’obéissance du Christ, dans la communion de volonté, en quittant la résistance et l’opposition du péché, la volonté propre pécheresse pour entrer dans la communion de volonté. Ceci n’est possible que parce que le Christ a opéré ce salut pour nous :

 » Christophe Schônborn dit à ce propos que  » le passage de l’opposition entre les deux volontés vers leur communion se réalise par la Croix de l’obéissance. Dans l’agonie de Gehsémani ce passage s’accomplit » ( Christuns-ikone, p 131). Ainsi la prière  » non pas ma volonté, mais la tienne » ( Lc 22, 42) est vraiment une prière du Fils au Père, dans laquelle la volonté humaine naturelle a été totalement attirée à l’intérieur du  » Je » du Fils, dont l’essence s’exprime justement par ce  » non pas moi, mais toi » dans l’abandon total du « Moi » au  » Toi » de Dieu le Père. Ce  » Moi », toutefois, a accueilli en lui l’opposition de l’humanité et l’a transformée, si bien que maintenant dans l’obéissance du Fils, nous sommes tous présents, nous sommes entraînés dans la condition de fils ».

Le Christ a donc accompli le Salut qui ne pouvait s’accomplir que par Lui. Par le Christ, unique Sauveur,  » dans l’adhésion à la volonté divine, la volonté humaine trouve son achèvement et non sa destruction ».

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