Guérison et Croix Glorieuse

Des guérisons psychologiques peuvent-elles se produire dans un cadre religieux ? Pour comprendre, il est nécessaire de revenir au sens de la parabole des talents.

 


Pourquoi pas?

Le psycho-spirituel suit la logique du développement personnel...

Le psycho-spirituel suit la logique du développement personnel…
Le psycho-spirituel a la particularité de brouiller les cartes du discernement. Dans son encyclique Caritas in Veritate, le pape Benoît XVI, au numero 76, ( voir plus loin) rappelle qu’il ne faut pas confondre santé psychique et santé spirituelle, recherche du bien-être psychologique et sanctification…recherche de développement personnel, de succès humain, et sanctification.

Cela dit, voir un psy n’est pas interdit, et faire une retraite non plus. Il est mieux de ne pas les superposer.
Comment se fait-il alors que des guérisons psychologiques interviennent au cours de moments spécifiquement spirituels ? Messe, offices, sacrements…


Dieu est libre de ses grâces

 » Vas-tu te plaindre parce que moi, je suis bon? »
Dans la parabole des talents, on oublie que ce qu’il fallait faire fructifier, ce sont les talents du maître. Pas les siens propres. Le texte le redit bien : ce serviteur avait enfoui les talents de son Maître. Ainsi, la prière, la charité, l’annonce de la Parole sont les talents qu’il nous est demandé de développer. Si le Seigneur passe par là pour guérir, ce n’est pas notre oeuvre ou notre action, mais la sienne, ce sont Ses talents qui fructifient. Le mauvais serviteur enfouit les talents de son maître de diverses manières : il se les attribue, s’en attribue le mérite, la science, la technique… Qui plus est, les talents dont parlent la parabole ne sont pas en premier lieu les talents naturels, confère ci-dessous le texte de Benoît XVI sur le sujet !

Or, ce que font les gourous, les charlatans, les guérisseurs en tout genre est une forme d’enfouissement des talents du maître : ils s’attribuent les talents du maître en disant qu’il s’agit pour une part de l’action de Dieu, mais… grâce à eux. Le glissement s’opère dans le fait que les talents deviennent le fruit de leur capacité humaine..que Dieu semble ratifier par des guérisons.

La réalité est tout autre : Dieu guérit et le gourou prétend y avoir été pour un peu, ou beaucoup, selon son degré d’usurpation alors que la grâce est passé par les gestes du Christ, par les sacrements, par la foi simple. N’oublions pas, nous sommes tous un peu gourous du style  » Ecoute, Seigneur, ton serviteur parle », plutôt que  » Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.  » Assez vite, nous allons enseigner à Dieu comment manier les sciences humaines et comment améliorer son score de guérison grâce à nos connaissances…Quant au salut, c’est notre affaire, bien sûr, Dieu n’ayant pas nos diplômes ni nos connaissances….Combien de thérapies chrétiennes essaient ainsi d’assimiler les sciences humaines sans en respecter la légitime autonomie et sans en voir les limites !


Qui est comme Dieu ?

Quis Deus : qui est comme Dieu ?

Quis Deus : qui est comme Dieu ?
Peu à peu, l’usurpation va stéréliser et dévoyer les talents. Et lorsque l’on se défera du gourou, on retrouvera le don de Dieu. Voilà pourquoi Dieu guérit, librement et quand Il veut, comme Il veut. Lourdes en est un bon exemple. A-t-on jamais vu Bernadette s’attribuer le moindre pouvoir de guérison ? Toute sa sainteté a consisté à faire fructifier le don de Dieu sans jamais se l’attribuer. Son humilité modelée sur celle de la Vierge Marie, ne détourne jamais la grâce à son profit, ne s’attribue aucune gloire humaine, aucune capacité personnelle dans le miracle.

Les guérisons données par Dieu doivent revenir à Dieu…elles sont gratuites et l’homme n’y est pour rien. C’est pure miséricorde. Un surcroît. Les gourous s’attribuent ce surcroît comme s’ils en étaient les maîtres par leurs techniques et leurs pseudo-sciences. Les médecins honnêtes, eux, constatent que Dieu a peut-être agi là où eux ne pouvaient le faire, ou bien là où eux ne sont pas intervenus. Cela n’enlève rien au médecin qui guérit efficacement dans les limites de sa science humaine. Mais cela permet de démasquer le faux guérisseur : il vient se superposer à la grâce et prétendre qu’il y a eu part, pour s’en attribuer la gloire entière ou en partie, alors qu’en réalité, il n’a fait que s’indroduire comme un parasite. Les pères de l’Eglise disaient que le diable singe Dieu. La Bible nous signale la chute et la raison de la chute du prototype de cette attitude : Lucifer se heurte à St Michel,  » Qui est comme Dieu? », qui peut se prétendre Dieu ? La recherche prométhéenne de la guérison cherche à s’attribuer la puissance de Dieu et se retrouve toujours face aux limites humaines et au péché.


Le sens de la Croix Glorieuse

Une tout autre vision du salut. La croix glorieuse n'est pas " lumineuse" ou " positivée" au sens humain du terme. Elle est glorieuse par l'Amour et le sacrifice du Rédempteur; l'échelle de la descente de Croix ( ici, une oeuvre de Fra Angelico) est le chemin inverse de l'échelle du succès version développement personnel.

Une tout autre vision du salut. La croix glorieuse n’est pas  » lumineuse » ou  » positivée » au sens humain du terme. Elle est glorieuse par l’Amour et le sacrifice du Rédempteur; l’échelle de la descente de Croix ( ici, une oeuvre de Fra Angelico) est le chemin inverse de l’échelle du succès version développement personnel.
Les limites humaines nous ramènent toujours à la Croix et au seul salut. Dieu seul sauve. »Déjà le prince de ce monde est terrassé : le Fils de l’homme élevé sur la croix attire à lui tous les hommes », nous redit l’Office de la Croix Glorieuse.  Le Christ seul est notre Sauveur. N’oublions pas qu’une guérison psychique n’est pas le Salut, seulement un cadeau gratuit. La guérison spirituelle concerne le péché dont nous avons été sauvé par le Croix. Il s’agit de beaucoup plus, car ce qui est offert est le salut de l’âme.

« 76. Un des aspects de l’esprit techniciste moderne se vérifie dans la tendance à ne considérer les problèmes et les mouvements liés à la vie intérieure que d’un point de vue psychologique, et cela jusqu’au réductionnisme neurologique. L’homme est ainsi privé de son intériorité, et l’on assiste à une perte progressive de la conscience de la consistance ontologique de l’âme humaine, avec les profondeurs que les Saints ont su sonder. Le problème du développement est strictement lié aussi à notre conception de l’âme humaine, dès lors que notre moi est souvent réduit à la psyché et que la santé de l’âme se confond avec le bien-être émotionnel. Ces réductions se fondent sur une profonde incompréhension de la vie spirituelle et elles conduisent à méconnaître que le développement de l’homme et des peuples dépend en fait aussi de la résolution de problèmes de nature spirituelle. Le développement doit comprendre une croissance spirituelle, et pas seulement matérielle, parce que la personne humaine est une « unité d’âme et de corps » [156], née de l’amour créateur de Dieu et destinée à vivre éternellement. L’être humain se développe quand il grandit dans l’esprit, quand son âme se connaît elle-même et connaît les vérités que Dieu y a imprimées en germe, quand il dialogue avec lui-même et avec son Créateur. Loin de Dieu, l’homme est inquiet et fragile. L’aliénation sociale et psychologique, avec toutes les névroses qui caractérisent les sociétés opulentes, s’explique aussi par des causes d’ordre spirituel. Une société du bien-être, matériellement développée, mais oppressive pour l’âme, n’est pas de soi orientée vers un développement authentique. Les nouvelles formes d’esclavage de la drogue et le désespoir dans lequel tombent de nombreuses personnes ont une explication non seulement sociologique et psychologique, mais essentiellement spirituelle. Le vide auquel l’âme se sent livrée, malgré de nombreuses thérapies pour le corps et pour la psyché, produit une souffrance. Il n’y pas de développement plénier et de bien commun universel sans bien spirituel et moral des personnes, considérées dans l’intégrité de leur âme et de leur corps. » Benoît XVI, Caritas in Veritate, 76. 


La parabole des talents expliquée par Benoît XVI

Sacré Coeur Miséricordieux du Christ.

Sacré Coeur Miséricordieux du Christ.
Chers frères et soeurs !
La Parole de Dieu de ce Dimanche – l’avant-dernière de l’année liturgique – nous invite à être vigilants et actifs, dans l’attente du retour du Seigneur Jésus à la fin des temps. La page de l’évangile nous raconte la célèbre parabole des talents, rapportée par saint Matthieu (25.14-30). Le « talent » était une ancienne monnaie romaine, de grande valeur, et précisément à cause de la popularité de cette parabole, elle est devenue synonyme de dot personnelle, que chacun est appelée à faire fructifier. En réalité, le texte parle « d’un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs et leur confia ses biens » (Mt 25.14). L’homme de la parabole représente le Christ lui-même, les serviteurs sont les disciples et les talents sont les dons que Jésus leur confient. Ces dons, plus les qualités naturelles, représentent donc les richesses que le Seigneur Jésus nous a laissées en héritage, afin que nous les fassions fructifier : sa Parole, déposée dans le saint Évangile ; le Baptême, qui nous renouvelle dans l’Esprit Saint ; la prière – le « Notre Père » – que nous élevons à Dieu comme fils unis dans le Fils ; son pardon, qu’il nous demande d’apporter à tous ; le Sacrement de son Corps immolé et de son Sang versé. En un mot : le Royaume de Dieu, qu’il est Lui-même, présent et vivant parmi nous.
Voilà le trésor que Jésus a confié à ses amis, au terme de sa brève existence terrestre. La parabole d’aujourd’hui insiste sur l’attitude intérieure avec laquelle nous devons accueillir et valoriser ce don. La mauvaise attitude est celle de la peur : le serviteur qui a peur de son maître et craint son retour, cache la monnaie sous terre et celle-ci ne produit aucun fruit. Cela arrive, par exemple, à ceux qui, ayant reçu le Baptême, la Communion, la Confirmation, enterre ensuite ces dons sous une couche de préjugés, sous une fausse image de Dieu qui paralyse la foi et les oeuvres, de façon à trahir les attentes du Seigneur. Mais la parabole met encore plus en évidence les bons fruits portés par les disciples qui, heureux du don reçu, ne l’ont pas caché avec crainte et jalousie, mais l’ont fait fructifier, en le partageant, en investissant. Oui, ce que le Christ nous a offert se multiplie en le donnant ! C’est un trésor fait pour être dépensé, investi, partagé avec tous, comme nous l’enseigne ce grand administrateur des talents de Jésus qu’est l’apôtre Paul.
L’enseignement évangélique, que la liturgie nous offre aujourd’hui, a pesé aussi sur le plan historico-social, en promouvant dans les populations chrétiennes une mentalité active et entreprenante. Mais le message central concerne l’esprit de responsabilité avec lequel nous devons accueillir le Royaume de Dieu : responsabilité envers Dieu et envers l’humanité. La Vierge Marie incarne parfaitement cette attitude du coeur elle qui, en recevant le plus précieux parmi les dons, Jésus lui-même, l’a offert au monde avec un Amour immense. C’est à elle que nous demandons de nous aider à être des « bons et fidèles serviteurs », afin que nous puissions participer un jour « à la joie de notre Seigneur ». Angélus du 16 novembre 2008, source Eucharistie misericor.
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