Exit, l’accompagnateur !(?)

Bref , très bref aperçu historique…

Saint Silouane de l'athos, staretz orthodoxe

Saint Silouane de l’athos, staretz orthodoxe
L’école des starrets russes, ces fameux  » abba » qui s’accompagnaient en tout et rivalisaient de sainteté, fait de l’ouverture du coeur une obligation qui devient  » tout dire et obéir en tout »…entre des mains malveillantes autres que celles de saints, cette attitude comporte bien évidemment de nombreux dangers et demande de sérieuses nuances, à commencer par le fait qu’il est bon de chercher l’origine historique de l’accompagnement spirituel, les écoles d’accompagnements, bref de prendre le recul de l’histoire et du temps. Nous n’entrerons pas ici dans les détails, qui demanderaient une recherche historique de qualité et un ouvrage à part entière. Simplement, il peut être bon de relativiser l’obligation d’avoir un accompagnateur ou père spirituel, bien des saints n’en ont pas eu, à commencer par Thérèse de Lisieux. L’école spirituelle qui insiste le plus sur l’accompagnement, la direction spirituelle, est l’école jésuite.Elle date donc du 17ème siècle, ce qui est très récent au regard de l’Eglise. L’école du Carmelverra aussi tout une réflexion sur le sujet et une riche expérience. Le XXeme siècle de son côté, redécouvrant les staretz orthodoxes, remit à l’honneur une forme d’accompagnement paternel ou fraternel monastique orthodoxe, ou d’avant la séparation des eglises catholiques et orthodoxes. Des saints orthodoxes, Saint Séraphim de Sarov ou saint Silouane de l’Athos, influencent la redécouverte de l’accompagnement spirituel chez les orthodoxes, mais aussi chez les catholiques des mouvements charismatiques. Beaucoup de communautés nouvelles catholiques, imprégnées de ces références, surtout dans les années soixante-dix, font se rejoindre ces courants dans leur insistance sur la nécessité d’un accompagnement spirituel.

Les saints  » fondateurs » et la direction spirituelle en vue d’une oeuvre : un type particulier d’accompagnement !

Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantale, qu'il accompagna en tant qu'épouse, puis en tant que veuve et fondatrice de la Visitation

Saint François de Sales et Sainte Jeanne de Chantale, qu’il accompagna en tant qu’épouse, puis en tant que veuve et fondatrice de la Visitation
S’ajoutent à l’importance des deux courants cités les figures de saints et de saintes assurant une forme de direction spirituelle. On pense alors à saint François de Sales et à Sainte Jeanne de Chantale et à leur postérité spirituelle, en particulier par exemple les prêtres de saint François de Sales qui ont pour apostolat très précisément la direction spirituelle, à d’innombrables saints s’entraidant dans le discernement, parfois réciproquement comme ce fut le cas entre le Jésuite Saint Claude de la Colombière et Sainte Marguerite-Marie Alacoque dont on ne sait pas trop qui  » dirigea » le plus l’autre, et dont il faudrait étudier la sainte émulation à s’entraider pour faire la volonté de Dieu. Parfois Marguerite-Marie transmettait des messages directs de la part du Seigneur pour dire à Claude de La Colombière la volonté divine. Le véritable  » directeur spirituel » étant bien d’ailleurs le Christ seul.

De cette catégorie de saints  » couples » est née une déformation de l’accompagnement dont il convient de se méfier, mêlée du désir d’extraordinaire : avoir un  » père spirituel » à qui tout demander de façon magique, être de ces saints  » fondateurs » de mouvements ou bien de congrégations au destin exceptionnel qui rencontrent leur accompagnateur par un miracle forcément providentiel….sur le prototype de saints ayant réellement, eux, bénéficié de grâces exceptionnelles en vue de leur mission, comme par exemple sainte Faustine qui avait vu en rêve le portait de l’abbé Sopocko ( voir un peu plus bas). Mais voilà, il s’agit de grâces exceptionnelles.

L’affectif, chez le fidèle dont la mission n’est pas  » particulière » peut prendre le pas sur le réalisme de la vie quotidienne, sachant que les véritables co-fondateurs partagent une même croix souvent bien lourde et ne se voient pas tous les quinze jours pour faire le point ! Un très bel exemple authentique d’un accompagnement en vue d’une oeuvre commune est celui de sainte Faustine et de l’abbé Michel Sopocko. Confesseur et directeur spirituel de soeur Faustine, l’abbé Sopocko, béatifié en 2008, aida la sainte dans le discernement de ses visions et ensuite se fit le serviteur de l’oeuvre de la divine Miséricorde. Ce mode d’accompagnement spirituel, en vue d’une oeuvre, d’une fondation, ne se décide pas de soi-même et reste très particulier, il ne s’agit pas de l’accompagnement spirituel classique des âmes des fidèles, mais d’une modalité particulière dont on ne peut faire ni un modèle à reproduire, ni une généralité. Nous citons soeur Faustine parlant de l’abbé Sopocko dans des extraits qui montrent la particularité de ce type d’accompagnement. Souvent, le saint directeur spirituel est un appui indispensable de discernement au for interne et un garant au for externe auprès des supérieurs ou autorités légitimes de l’âme à qui Dieu a confié une mission particulière.

“Quand parlais avec le directeur de mon âme, je perçus intérieurement, son âme en proie à une grande souffrance, à un supplice tel que rares sont les âmes que Dieu touche d’un pareil feu. Cette œuvre en était la cause. Un jour viendra où cette œuvre tant recommandrée par Dieu paraîtra presque totalement détruite – et alors Dieu commencera à agir avec une grande force qui témoignera de sa vérité. Cette œuvre donnera une nouvelle splendeur à l’Église, bien qu’elle y existe depuis longtemps déjà.
Personne ne peut nier que Dieu est infiniment miséricordieux; Il désire que tout le monde le sache; avant qu’Il ne revienne comme Juge, Il veut que les âmes Le connaissent d’abord comme Roi de miséricorde. 
Quand viendra ce triomphe, nous serons déja dans cette vie nouvelle où il n’y a plus de souffrance, mais avant cela, «ton âme sera abreuvée d’amertume devant l’anéantissement de tes efforts.» Cependant cet anéantissement ne sera qu’apparent, car Dieu ne change pas ce qu’Il a une fois décidé; mais bien que l’anéantissement ne soit qu’apparent, pourtant la souffrance sera bien réelle. Quand cela arrivera-t-il – je ne le sais pas; combien de temps cela durera-t-il – je l’ignore” (PJ 378).

“Jésus, cette affaire est Tienne, pourquoi agis-Tu de la sorte envers lui? Il me semble que Tu lui suscites des difficultés, tout en lui ordonnant d’agir. Écris que nuit et jour Mon regard repose sur lui et que si je permets ces contrariétés, c’est pour augmenter ses mérites. Ce n’est pas la réussite que je récompense, mais la patience et la peine prises pour Moi” (PJ 86).


On peut devenir saint sans accompagnateur spirituel…mais on ne devient jamais saint tout seul.

Communion des saints

Communion des saints
On peut devenir saint sans avoir eu d’accompagnateur ou de père spirituel, prenez le calendrier et essayez de dire les noms de directeurs spirituels des saints….l’accompagnement est une aide précieuse, mais pas un absolu. La tentation qui vise à en faire un absolu fait courir un grand risque de formatage, de  » réglementation » de l’accompagnement…Entre Thérèse de Lisieux qui ne bénéficia guère d’accompagnement, et Thérèse d’Avila qui en eu un grand nombre et demandait conseil à qui mieux mieux, la différence dans la manière dont l’Esprit Saint organisa les choses nous rappelle que l’Esprit souffle où il veut. Il ne faut donc pas en venir à se « culpabiliser » de ne pas avoir d’accompagnateur sur un modèle pré-défini, d’ailleurs difficile à trouver en toutes circonstances de la vie.

Quand se présente une période sans accompagnateur spirituel, il est bon de prier pour en avoir un, de chercher, mais pas de forcer la Providence pour se  » mettre en règle » de façon artificielle avec une quelconque obligation d’accompagnateur. Certains accompagnateurs aiment que les accompagnés se prennent en main et se conduisent en adulte, sans toujours recourir à leur accompagnateur, certains recommandent une rencontre tous les 6 mois, d’autres tous les ans, d’autres se contentent de lettres, d’autres nécessitent des rencontres tous les mois… selon la grâce et le tempérament des âmes, il y a une grande variété de la part de l’Eglise et de l’Esprit saint dans la conduite des âmes, et cette variété est bonne. Ne serait-ce qu’à commencer par la différence entre le directeur spirituel, le père spirituel, l’accompagnateur spirituel, là aussi la liberté des enfants de Dieu permet des différences dont l’existence est somme toute rassurante. Il n’en reste pas moins que la grâce d’avoir un accompagnateur spirituel se demande…et lorsqu’elle est accordée, il est bon d’en connaître l’importance et la valeur. On ne devient jamais saint tout seul, la communion des saints nous rappelle l’intercession des saints depuis le ciel, et la valeur de la prière des autres sur terre pour nous. L’accompagnateur spirituel exerce une modalité toute particulière et précieuse de la communion des saints. Sa présence dans une vie est une aide de l’Esprit Saint et une grande grâce que l’on peut souhaiter à tous.


Benoît XVI nous rappelle l’importance d’avoir un guide spirituel.

Le bienheureux Joseph Cafasso, guide spirituel de Don Bosco et de beaucoup d'autres

Le bienheureux Joseph Cafasso, guide spirituel de Don Bosco et de beaucoup d’autres
Le pape Benoît XVI a lui-même rappelé l’importance de la  » direction spirituelle », l’importance de ne pas se guider par soi-même dans la vie chrétienne quotidienne et de choisir un bon accompagnement spirituel, comme le fit par exemple Don Bosco qui fut accompagné pendant 25 ans par le bienheureux Joseph Cafasso, exemple que Benoît XVI a repris et détaillé commemodèle de direction spirituelle.

« Parmi ces derniers – comme je l’ai déjà dit – ressort saint Jean Bosco, dont il fut le directeur spirituel pendant 25 ans, de 1835 à 1860 : d’abord comme enfant de chœur, puis comme prêtre et enfin comme fondateur. Tous les choix fondamentaux de la vie de saint Jean Bosco eurent comme conseiller et guide saint Joseph Cafasso, mais de manière bien précise : Joseph Cafasso ne tenta jamais de former en don Bosco un disciple « à son image et ressemblance » et don Bosco ne copia pas Joseph Cafasso : il l’imita assurément dans les vertus humaines et sacerdotales – le définissant un « modèle de vie sacerdotale » – , mais en suivant ses propres inclinations personnelles et sa vocation particulière ; un signe de la sagesse du maître spirituel et de l’intelligence du disciple : le premier ne s’imposa pas au second, mais le respecta dans sa personnalité et il l’aida à lire quelle était la volonté de Dieu pour lui. Chers amis, c’est là un enseignement précieux pour tous ceux qui sont engagés dans la formation et l’éducation des jeunes générations et c’est aussi un fort rappel de l’importance d’avoir un guide spirituel dans sa propre vie, qui aide à comprendre ce que Dieu attend de nous. Avec simplicité et profondeur, notre saint affirmait : « Toute la sainteté, la perfection et le profit d’une personne consiste à faire parfaitement la volonté de Dieu (…). Nous serions heureux si nous parvenions à verser ainsi notre cœur dans celui de Dieu, unir à ce point nos désirs, notre volonté à la sienne au point de former un seul cœur et une seule volonté : vouloir ce que Dieu veut, le vouloir de la manière, dans les délais, dans les circonstances qu’Il veut et vouloir tout cela pour aucune autre raison que parce que Dieu le veut »

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