Formation express pour Administrateurs de la Providence.

1) La destination universelle des biens temporels, les bases de la doctrine sociale.

Quel est le but essentiel de l’organisation de la société humaine ?

Le problème de l'accès à l'eau, les problèmes écologiques, enjeux multiples de la destination universelle des biens temporels

Le problème de l’accès à l’eau, les problèmes écologiques, enjeux multiples de la destination universelle des biens temporels

Comme son nom l’indique, la Doctrine sociale de l’Eglise nous indique les règles qui doivent présider à l’organisation de la société humaine, pour que la personne puisse s’y développer tout en poursuivant son objectif essentiel, parvenir à la vie d’union avec son Créateur. De ce fait, les relations entre les hommes se réfèrent à la nature de l’homme, créé à l’image de Dieu. Pour les chrétiens, c’est par révélation qu’ils savent que Dieu est Père, qu’Il fait des hommes ses fils d’adoption et qu’en conséquence, tous les hommes sont frères.

Dieu a inscrit dans la conscience de l’homme cette loi naturelle qui permet à tout homme de bonne volonté d’adhérer aux principes définis par la Doctrine Sociale de l’Eglise, quand bien même la foi n’est pas présente. Le but essentiel de l’organisation de la société humaine, d’ordre religieux (  » relie à Dieu » ) reste de l’ordre de la foi, mais les moyens étant de l’ordre de la raison, ils peuvent être compris par tout homme qui suit la loi naturelle.

 

 

Les relations entre les hommes et les choses.

Nous n’avons pas encore parlé vraiment des relations entre les hommes et les choses et il est évident que cette question a une grande importance. Tout simplement parce que l’homme n’est pas un pur esprit, qu’il tire sa subsistance de la création, que celle-ci lui a été donné par son Créateur en vue de son bien et qu’en conséquence, il en fait usage. Mais justement, la question sociale fait qu’en dominant cette création, comme le Créateur lui en a donné la possibilité, il rencontre d’autres hommes, ce qui peut conduire à la coopération, mais également à l’affrontement et à la discorde. La question des rapport entre l’homme et la création relève donc bien de notre sujet et nous allons la traiter sous l’angle des questions relatives à la propriété des biens temporels.

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Chiffonnier vivant en dessous du seuil de pauvreté, de ce qui reste du gaspillage des biens.

Gérance de la Terre confiée à l’humanité.

Le premier chapître de la genèse, aux versets 26 à 29, nous fait connaître la volonté de Dieu : confier la terre et ses ressources à la gérance de l’humanité. Celle la maîtrise et y trouve ainsi sa subsistance. Comme chaque personne est faite à l’image de Dieu, chacun et chacune a légitimement le droit de posséder des biens parce que cette appropriation garantit en quelque sorte sa diginité, favorise l’exercice de sa liberté et lui permet de subvenir aux besoins de ceux dont il a la charge comme de ceux qu’il décidera, tel le Bon Samaritain, d’aider dans leur détresse.

Destination universelle des biens temporels.

Toutes les personnes étant dotées de ce même statut d’enfant de Dieu, ont toutes sans exception ce droit de posséder des biens. Cela implique d’affirmer, et c’est ce que fait l’Eglise, qu’il y a un principe fondamental, celui de la destination universelle des biens temporels. Autrement dit, comme l’affirme le catéchisme de l’Eglise catholique, le droit à la propriété privée n’abolit pas la destination universelle des biens temporels. A l’inverse, le respect de ce principe ne se traduit pas non plus par une abolition du droit de la propriété privée.

 » Administrateur de la Providence »

La parabole du Bon Samaritain

La parabole du Bon Samaritain

Dans ce domaine, comme dans d’autres, on voit apparaître le concept du bien commun. Comme il s’agit d’un concept universel que celui de la destination des biens, c’est tout-à-fait normalement qu’il reviendra à l’autorité politique de régler, en fonction du bien commun, l’exercice légitime du droit de propriété.

Mais parallèlement, c’est la conscience de chaque personne qui lui rapellera qu’elle est  » administrateur de la Providence » et que les biens qu’elle administre et fait fructifier doivent profiter non seulement à elle mais aux autres.C’est une vertu morale, la vertu de tempérance, qui permet à l’homme de modérer son attachement aux biens matériels ( mais aussi à toutes sortes de biens pris comme des absolus), et c’est une béatitude, enseignée par le Christ, que de pratiquer ce détachement qui fait de nous des pauvres en esprit même quand nous possédons.

Père Y. Bonnet

Lutter contre la crise en renouvelant de l’intérieur l’éthique économico-politique. Benoît XVI ( en anglais)

Pour éviter la  » société bloquée » : le bien commun s’organise à partir du haut, les pouvoirs se répartissent à partir du bas!

Comment le principe de subsidiarité clarifie-t-il l’organisation sociale? A partir d’un va-et-vient entre le bien commun et la répartition des pouvoirs vers le  » bas », c’est-à-dire sur le terrain. Etudions un peu ces multiples relations.

Pour éviter la  » société bloquée »!

4428556-6656751Toute organisation sociale, et la société moderne plus que tout autre, du fait des relations multiples qu’elle engendre, relations de subordination, relation de citoyenneté, relations administration-usager, relations clients-fournisseurs, etc, met en jeu des pouvoirs et des contre-pouvoirs, ce qui est inévitable. Encore faut-il que le jeu de ces pouvoirs et contre-pouvoirs ne paralyse pas l’initiative et la créativité des personnes, ne mette pas fin à la vie de cellules sociales à taille humaine, au sein desquelles les relations ne sont pas régies par des règles anonymes mais au contraire restent respectueuses des personnes.

C’est la notion de subsidiarité qui va nous donner la direction qu’il faut prendre pour éviter soit  » la société bloquée » soit par réaction la société anarchisante ou encore secouée en permanence par des psychodrames.

L’enjeu, éviter autant l’anarchie que la tyrannie collectiviste.

4428556-6656755Un certain libertarisme souhaiterait abolir toutes règles morales ou politiques perçues comme des contraintes insupportables, tandis que d’une autre manière, certains profitent des rigidités sociales pour déclancher des conflits  » sauvages », qui peuvent détruire pour longtemps les nécessaires liens entre personnes et groupes intermédiaires. Il est donc nécessaire de fixer des règles du jeu, qui évitent tout autant les risques d’anarchie que des collectivismes autoritaires ou totalitaires. Les athéismes matérialistes, individualistes ou collectivistes, parce qu’ils se « trompent » sur l’homme commettent l’erreur de saper l’autorité ou de paralyser la liberté.

Petit historique du principe, révision si vous êtes habitués de cette rubrique.

Le principe de subsidiarité vise à reconnaître à chaque échelon hiérarchique toute l’autonomie dont il a capacité selon la formule du père Tapareli :  » autant de liberté que possible, autant d’autorité que nécessaire ». Si les réflexions sur la subsidiarité remontent à l’antiquité ( Aristote, notamment), il a fallu la Renaissance pour que les principautés allemandes fassent appel au  » subsidiaritätsprinzip » pour défendre leur autonomie face au pouvoir impérial. Ne nous étonnons donc pas que, plus tard au 19ème siècle, ce soit l’évêque de Mayence, Mgr Ketteler qui en ait facilité l’introduction dans la pensée sociale de l’Eglise Catholique. En 1931, Pie XI a consacré l’importance du principe en en donnant dans l’Encyclique Quadragesimo Anno un énoncé précis :

Définition du principe de subsidiarité.

4428556-6656762 » On ne saurait changer ce principe si grave de philosophie sociale : de même qu’on ne peut enlever aux particuliers pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s’acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice en même temps que troubler d’une manière très dommageable l’ordre social que de retirer aux groupements d’ordre inférieur , pour les confier à une collectivité plus vaste d’un rang plus élévé, les fonctions qu’ils sont en mesure de remplir eux-mêmes ».

Le texte se poursuit par cette phrase :
 » L »objet naturel de toute intervention en matière sociale est d’aider les membres du corps social, et non pas de les détruire ni de les absorber. »

C’est seulement après ces deux paragraphes, qui montrent bien que l’organisation sociale doit s’élaborer sans enlever aux particuliers ni aux corps intermédiaires ce qui est de leur compétence et qu’elle doit viser à aider ses membres, sans les détruire ni les absorber, que l’encyclique aborde réalistement le cas où l’autorité publique a déjà abusé de son rôle en intervenant dans des  » affaires de moindres importances ». Il faut alors qu’elle abandonne ces domaines d’intervention pour se consacrer à ce qui n’appartient qu’à elle. Et elle ajoute :

 » Que les gouvernants en soient bien persuadés : plus parfaitement sera réalisé l’ordre hiérarchique des divers groupements selon ce principe de la fonction de subsidiarité de toute collectivité, plus grandes seront l’autorité et la puissance sociale, plus heureux et plus prospère l’état des affaires publiques ».

Autorité du groupe d’ordre supérieur et limites

Cette autorité du groupe d’ordre supérieur, l’encyclique en précise bien le contenu :
 » Diriger, surveiller, stimuler, contenir »,  » selon les circonstances ou les exigences de la nécessité ».
En très peu de mots, le principe est dit. Plus un organisme se situe haut placé dans la hiérarchie sociale, moins il doit  » faire » par lui-même. Son rôle est de donner la direction que doit prendre l’action, de stimuler, de contrôler, de contenir dans un cadre, élaboré en tenant compte du bien commun.

Fonctionnement du principe de subsidiarité : va-et-vient sur l’échelle de communication!

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A chaque niveau, le groupe social considéré émet vers le  » haut » ses desiderata ou ses suggestions en matière de bien commun et consulte vers le  » bas » pour élaborer son bien commun spécifique. Il est clair que le bien commun d’un niveau (n) soit s’incrire hormonieusement dans l’enveloppe du bien commun du niveau supérieur ( n-1). On pourrait dire que les biens communs s’emboîtent comme des poupées russes, la plus grosse poupée représentant le bien commun de l’univers ( où se situe , par exemple, la sauvegarde de la planète Terre).

Le bien commun s’organise à partir du haut, les pouvoirs se répartissent à partir du bas.

Mais dès qu’il s’agit de réaliser les opérations qui concourrent à ce bien commun, il faut regarder l’organisation sociale  » par l’autre bout », en partant de la personne d’abord, ce que précise bien l’encyclique : pas question d’enlever aux particuliers les attributions dont ils sont capables. Autrement dit, si le bien commun s’organise à partir du haut, les pouvoirs se répartissent à partir du bas.
Si on décentralise les les pouvoirs, c’est qu’ils ont été auparavant abusivement confisqués par des échelons supérieurs.
On voit qu le principe de subsidiarité peut et doit être appliqué en tout domaine et à tout niveau, dans la famille, dans l’école, l’entreprise, l’association, les collectivités territoriales, la nation, la construction de l’Europe, etc…

Père Y. Bonnet