D’une année sur l’autre, avez-vous l’impression que la France bouge?

Je vais me borner, dans cette réponse, à la population d’origine européenne, que j’ai plus l’occasion de côtoyer que celle d’ origine maghrébine, depuis que j’ai quitté Lyon d’abord et ensuite Le Puy en Velay pour m’installer en Morbihan. Et ma réponse est oui, l’évolution est lente mais, on peut le dire, assez constante en direction.

La faille qui sépare la grande majorité de nos compatriotes d’une petite minorité qui s’étoffe quantitativement, continue à s’élargir. La majorité a de moins en moins de repères religieux et moraux, c’est une évidence, et parallèlement elle a également de moins en moins d’intérêt pour la politique et le syndicalisme. Elle ressemble, malgré les siècles qui l’en sépare, au peuple romain qui réclamait à l’empereur du pain et des jeux! Les leaders politiques et syndicaux s’arrachent les cheveux pour arriver à la remuer! Elle n’ a plus d’ ambition professionnelle parce qu’il faudrait faire des efforts, prendre des risques et peut-être changer un petit cadre de vie médiocre, mais auquel elle est habitué.

Fait partie de cette majorité à l’ encéphalogramme plat côté religieux et moral, une petite fraction de classe sociale et économique élevée, qui n’ a aucun contact avec le  » peuple « , car son seul moteur, c’est l’ argent. Je repense aux cantiques de ma jeunesse :  » Je n’ ai qu’une âme qu’il faut sauver  » et je me dis que leur refrain, c’est plutôt :  » Je n’ai qu’ un corps qu’il faut choyer « !

Inutile de dire que bâtir un couple susceptible de tenir une vie, avec un bagage aussi léger, c’est mission impossible: les sociologues confirment. Du coup, on se marie de moins en moins, ce qui économise le coût du mariage et celui du divorce. Mon journal quotidien local donne le dimanche un supplément  » féminin « , avec un courrier des lectrices et lecteurs, les demandes de conseils et les réponses de la psychologue de service: cela confirme le diagnostic porté sur l’ encéphalogramme de la population majoritaire.

Une observation complémentaire: le dimanche matin, les plus actifs vont faire leur jogging hebdomadaire et je les croise ou les dépasse, selon le cas, en partant célébrer la Messe. La plupart a deux écouteurs sur les oreilles pour éviter, je pense, un silence dont ils ont perdu l’habitude et qui les inquiète. A chaque fois, je pense au merveilleux livre du Cardinal Sarah sur le silence, aux retraites que j’ai faites dans les foyers de Charité, à mes ballades à bicyclette sur les petites routes tranquilles de Bretagne ( du moins quand les vacanciers sont partis! ). Ce vide intérieur favorise certainement tous les drames des couples et familles, qui meublent en partie mon journal local. Je ne suis nullement pessimiste, Marthe Robin m’a guéri il y a plus de quarante ans! Je suis seulement réaliste, hélas, mais quel gâchis!
Heureusement il y a la petite minorité, qui ne se contente pas de grandir en quantité. Il y aura demain une semaine, dans un petit village de Loire Atlantique, au cours d’ une journée organisée par un couple local, les quatre prêtres que nous étions avons confessé environ trois heures de suite et imposé en clôture de Messe cent cinquante scapulaires, dédiés aux Cœurs Unis de Jésus et Marie. Et ce n’ est ni la première ni la dernière fois : étonnez-vous que je sois sûr du renouveau!

Père Y. Bonnet

Je suis catholique, puis-je aller voir un psy ?

Je suis catholique, je ne confonds pas le psy et le spi

L’âme sensible, interface entre corps et esprit

Pour répondre à cette question, il faut d’abord rappeler la complexité de l’être humain, union d’un esprit fait à l’image de Dieu et d’un corps pourvu de « capteurs » d’information, sur tout ce qui l’environne. Cette union fait que notre esprit – doué de libre arbitre pour nous permettre d’agir par et pour l’amour – communique avec ce corps par une sorte d’interface, l’âme sensible, qui exprime les réactions biologiques en émotions, pulsions, ressentis et les transforme (voir les pérennise) en sentiments plus durables. Continuer la lecture

Le repos du Dimanche et le travail

Faire marcher le commerce à tout prix?

Depuis déjà quelques années, un certain nombre de surfaces commerciales, de diverses spécialités, souhaitent pouvoir ouvrir leurs magasins le dimanche. Il ne s’agit pas de contrevenir à la loi qui régit la durée du travail, mais de faire du dimanche un jour comme les autres, de mettre fin au principe, multiséculaire dans notre pays, qui veut que ce jour soit un jour chômé sauf en cas de contraintes ou d’utilité sociale graves. Le désir d’augmenter le chiffre d’affaires n’entre évidemment pas dans le cadre des exceptions admises par la législation actuelle. On peut donc penser que les partis politiques seront soumis à l’action de groupes de pression, en vue d’ouvrir largement les possibilités de faire travailler des salariés le dimanche pour faire marcher le commerce.

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Les prêtres « retraités » : revoir sa copie!

 » Prendre sa retraite » pour un prêtre n’a pas le même sens!!!

Les prêtres « retraités » : revoir sa copie!

Que peut signifier pour un prêtre l’expression « se retirer » ou « prendre sa retraite » ? Cette question n’était jamais posée, il y a quelques dizaines d’années, lorsque le chrétien de base savait que le sacerdoce confère une marque indélébile à la personne du prêtre, que l’Eucharistie est le cœur de sa vie et qu’il continuera à célébrer la messe tant qu’il en aura la force et à donner le pardon des péchés chaque fois qu’il en aura l’occasion ou qu’il la provoquera. Aujourd’hui cette question est posée par des personnes qui pensent que le prêtre sera peut-être comme certains retraités, qui occupent leur temps devant la télévision ou en loisirs divers, à cela près que ses moyens matériels seront probablement assez réduits. Le sens de la  » retraite » chez un prêtre ou un évêque ne concerne pas son sacerdoce qui fait partie intrinsèque de sa personne, mais concerne son rythme d’activité et de gouvernement.

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Si la violence vous a transformé en chose, lisez ceci.(1)

Réflexion chrétienne : cet article oblige à réfléchir objectivement et philosophiquement.

Telle est la nature de la violence.

Le pouvoir que possède la violence de transformer les hommes en choses est double et s’exerce de deux côtés. Elle pétrifie différemment mais également les âmes de ceux qui la subissent et de ceux qui la manient. Les uns et les autres, au contact de la violence, en subissent l’effet infaillible qui est de rendre ceux qu’elle touche ou muets, ou sourds.
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Transmettre la foi. Père Y. Bonnet.

Le pape Benoît XVI a promulguée une année de la Foi qui débutera en octobre 2012. Préparons-nous cette année de la Foi par la prière et la réflexion dans nos coeurs, dans nos couples, dans nos familles et nos lieux de vie?

 


La foi, vertu théologale, est un don de Dieu.

Transmettre la foi. Père Y. Bonnet.

 

La foi, vertu théologale, est un don de Dieu, dont l’Abrégé du Catéchisme de ­l’Église catholique (1) nous dit qu’il est accessible à ceux qui le demandent avec humilité. On ne transmet donc pas la foi, mais comme Dieu s’est révélé aux hommes pour que ceux-ci puissent le trouver, les catholiques peuvent et doivent transmettre cette Révélation. Le pape Paul VI nous l’a rappelé solennellement en 1975 par l’exhortation apostolique ­Evangelii Nuntiandi. ( C’est de Paul VI que le pape actuel a repris l’idée d’une année de la foi.) C’est donc pour les parents, légitimement soucieux du salut éternel de leurs enfants, une exigence dont ils perçoivent la difficulté dans un environnement au mieux indifférent et plus souvent hostile vis-à-vis de la religion catholique. Ils ont un sentiment d’impuissance qui ébranle chez beaucoup la vertu théologale d’espérance. Alors que leur dire pour les réconforter et les mobiliser ?

Dieu est au courant de la situation!

Tout d’abord que Dieu est au courant de la situation ! Et que, là où le péché abonde, la grâce surabonde. Ensuite que les parents n’ont pas obligation de résultats, puisque chaque enfant a son libre arbitre. En revanche, c’est vrai, les parents ont obligation de mettre en œuvre les moyens qui aideront leur enfant à accueillir le don de la foi au moment choisi par Dieu. Or les deux facultés qui permettent l’usage du libre arbitre sont l’intelligence et la volonté. Il faut donc agir dans ces deux domaines, sachant la valeur de l’exemple et également l’importance de la cohérence entre foi, espérance et charité. Le témoignage que donnent les parents est capital et Les Actes des Apôtres nous montrent que la première communauté chrétienne donnait l’exemple de la fidélité à l’enseignement des Apôtres, à la célébration de l’Eucharistie, à la prière et à la charité fraternelle.

Un don de Dieu, un terrain à préparer.

Transmettre la foi. Père Y. Bonnet.

Mais le témoignage n’est pas tout. La formation d’une véritable intelligence de la foi est nécessaire. Cela commence par un éveil précoce à la connaissance et à l’amour de la Sainte Famille, car c’est très accessible aux petits.

Ensuite, il est indispensable que l’enfant soit solidement catéchisé avec une attention particulière à montrer la cohérence des réponses que nous donne l’enseignement de l’Égli­se aux questions que tout enfant se pose sur le bien et plus encore le mal, sur la souffrance, la mort, l’amour… Aux parents de se former eux aussi pour répondre aux exigences de raison des enfants. En outre, cela leur fera du bien pour leur propre vie spirituelle !

L’éducation de la volonté est également indispensable, car la foi est source d’obligations diverses, dans la relation avec Dieu (prière et sacrements), avec le prochain et avec soi-même. La religion catholique est beaucoup plus qu’une morale mais il y a une manière de le répéter à tout bout de champ, qui donne à penser qu’elle n’inclut pas des exigences morales, dont la transgression déséquilibre toute la vie de la personne. La volonté se renforce par l’habitude de l’effort, par le renoncement à la facilité, par la maîtrise de soi dans la vie affective et sexuelle. Il est facile de montrer à notre jeunesse que cette éducation est conforme à la nature humaine, accessible aux non-croyants, confirmée par l’observation des dégâts provoqués par son exclusion dans l’environnement actuel.

En conclusion, acceptons humblement de ne pouvoir transmettre la foi en elle-même au sens de la vertu théologale, puisque nous pouvons et devons préparer le terrain spirituel, moral et culturel, qui permettra à nos enfants d’accueillir cette même foi qui est un don que seul Dieu peut faire.

Père Y. Bonnet

Le bagage culturel de « l’honnête homme » catholique du 21ème siècle.

Que mettre dans le bagage de  » l’honnête homme » catholique du 21ème siècle ?

Le bagage culturel de "l'honnête homme" catholique du 21ème siècle.

L’Eglise catholique ne cesse d’affirmer par l’enseignement du Magistère, encycliques, exhortations apostoliques et textes du Concile Vatican II, que les laïcs ont une mission évangélisatrice spécifique : faire régner la vertu de Charité dans la société humaine en jouant leur rôle dans le renouvellement de l’ordre des réalités temporelles.

 

Or, la Charité ne peut s’exercer que dans la Vérité ( Caritas in Veritate, Benoît XVI), et les  fidèles laïcs catholiques doivent, de ce fait, être capables de tenir leur place dans le débat des idées, de clarifier leurs positions, d’exposer leurs arguments. Dans les  » urgences de ce temps », affirmait le texte de Gaudium et Spes ( deuxième partie du texte). Lors du Concile de Vatican II, le champ de la Culture arrivait en deuxième position, immédiatement après la restauration de la dignité du mariage et de la famille. Jean-Paul II n’a cessé de rappeler aux catholiques l’importance de leur investissement dans le monde de la culture et Benoît XVI également dans Caritas in Veritate.

 

Comment se fait-il donc que les laïcs catholiques exercent souvent d’importantes responsabilités sociales, économiques, politiques, scientifiques, artistiques, culturelles, éducatives, et soient si souvent silencieux face à des affirmations inconsistantes, reprenant les idées à la mode diffusées par la « médiacratie » et contribuant au délabrement de la société moderne? Ce ne sont pas les enseignements de qualités qui font défaut puisque depuis la fin du Concile, les papes Paul VI et Jean-Paul II, puis Benoît XVI en ont explicité le contenu et qu’ils ont fait en sorte que les catholiques disposent de deux outils remarquables, le catéchisme de l’Eglise Catholique et le Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise.

 

Vulgarisation, diffusion à tous et formation  » technique » à l’argumentation.

Deux réponses à cette question semblent pertinentes. La première est que cet enseignement a été très insuffisamment vulgarisé et diffusé. La seconde est que l’apologétique, c’est-à-dire l’art d’argumenter dans le débat, ne semble plus à l’honneur dans la formation de  » l’honnête homme » catholique du 21ème siècle, qui oscille entre le défaitisme ou l’affirmation péremptoire, mais ne sait où trouver le matériau et la formation nécessaire. Il y a donc à la fois un problème de contenu et un problème de formation  » technique » au dialogue, à l’argumentation et au débat.

 

 » Mode d’emploi de l’Homme » = Anthropologie chrétienne.

Pour ce qui concerne le contenu de la formation à donner, le premier thème à développer est celui de l’anthropologie, c’est-à-dire en termes vulgarisés,  » le mode d’emploi de l’homme », la connaissance de l’homme selon la révélation chrétienne, en distinguant pour mieux les unir, ce qui relève de la raison et ce qui est révélé par la Foi. Ce thème permet d’aborder la question du libre arbitre, celle de sa bonne utilisation, celle du bonheur et du sens de la vie, celle de la place des sciences humaines, celle de la sexualité dans toutes ses dimensions et non pas seulement la dimension charnelle, celle de l’éducation, de la préparation au mariage, etc…et de ne pas baser une vie chrétienne sur…une conception boudhiste de l’homme, ou rationaliste, ou athée, technologiste, etc!

 

Il paraît important, en lien avec les rapport Foi-Raison, de montrer qu’il y a un « ordre naturel  » dans la vie personnelle et la vie sociale, accessible à tous les hommes de bonne volonté, et un  » ordre surnaturel » qui finalise l’ordre naturel, pour lui donner une dimension d’éternité. La notion d’ordre naturel, contraire aux idéologies issues du siècle des Lumières qui ont tout fait pour saborder cette notion, la juste place donnée à la raison, facilitent le dialogue entre croyants et incroyants et leur coopération pour construire une civilisation de l’Amour.

 

 

Construction de la civilisation de l’Amour : Doctrine sociale de l’Eglise

Le bagage culturel de "l'honnête homme" catholique du 21ème siècle.

Le deuxième grand thème à développer est justement celui de cette nécessaire construction, fondée sur l’anthropologie chrétienne, la notion du Bien Commun, les principes de destination universelle des biens temporels, de subsidiarité dans l’organisation sociale, de la priorité dans l’attention aux pauvres ainsi que sur les valeur de justice, de solidarité, de don de soi et…de travail. C’est là qu’intervient la Doctrine Sociale de l’Eglise.

A ce thème s’ajoute le thème important de l’Histoire, celle qui est accessible grâce à la transmission purement humaine et celle de la Révélation contenue dans la Parole de Dieu, l’histoire de l’Eglise, l’histoire des rapports de l’Eglise et de la Cité, le droit civil et le droit ecclésial et son développement, la vocation historique de chaque nation, la vocation de la France, Fille Ainée de l’Eglise. Que d’erreurs et d’idéologies peuvent être évitées par une connaissance exacte de l’histoire et de ses leçons!

 

Sans oublier les exercices pratiques!

Reste la deuxième partie de la formation de  » l’honnête homme » qui concerne l’art de débattre et d’argumenter. Dans cet art, on retrouve à la fois :
– un aspect culturel, en terme de connaissances acquises, de formation historique, humaine, catéchétique, doctrinale, qui permettent un recul et un esprit critique indispensables face aux idéologies et interrogations contemporaines,
– et un aspect maïeutique auquel il faut ajouter un travail d’exercices pratiques en termes de communication, d’argumentation et de débat.

 

Il paraît indispensable aujourd’hui de pouvoir offrir à cet  » honnête homme » catholique ce bagage de formation pour qu’il puisse dans un monde traversé par toutes sortes d’idéologies et d’attentes, tenir sa place,  » répondre de l’Espérance qui est en lui », contribuer à conforter un grand nombre de personnes de bonne volonté qui ne se sentent pas défendues ni entendues dans la vie sociale qui est la leur.

C’est l’objectif de ce site, dont les rubriques vous offrent déjà de nombreuses pistes de réflexion et de formation : fondamentaux de l’éducation, de l’antropologie chrétienne,  de la Foi et du catéchisme de l’Eglise catholique, de la doctrine sociale… sont à votre disposition.

Benoît XVI ne cesse de rappeler aux chrétiens d’aller sur le  » parvis des Gentils », de ne pas avoir peur d’être présents sur la  » mer numérique », d’utiliser les moyens de communications modernes au service de l’Evangélisation. Voilà pourquoi nous mettons en place cet instrument de formation. Merci de votre aide, de vos encouragements, de vos prières…et n’hésitez pas à nous faire connaître!

Père Yannik Bonnet

Les bienfaits de la culture ou « des liens entre la main et le cerveau ».

Culture, transmission à tous et mission de l’école…

 


Le travail et la culture.

Collège des Bernardins, haut lieu de culture.

Collège des Bernardins, haut lieu de culture.

Pourquoi les papes attirent-ils notre attention sur l’importance de la culture ? Qui parmi nous a lu le discours de Jean-Paul II à l’Unesco en 1980  , sur l’importance vitale de la culture, chemin de l’Eglise vers l’homme ?
« La signification essentielle de la culture consiste, selon ces paroles de saint Thomas d’Aquin, dans le fait qu’elle est une caractéristique de la vie humaine comme telle. L’homme vit d’une vie vraiment humaine grâce à la culture. La vie humaine est culture en ce sens aussi que l’homme se distingue et se différencie à travers elle de tout ce qui existe par ailleurs dans le monde visible: l’homme ne peut pas se passer de culture. » ( paragraphe 6)

Alors, comment aborder cette question de la cullture ?

Avant de répondre directement à cette question, je voudrais rappeler un souvenir qui m’est très cher. C’était il y a 20 ans, mon épouse était, comme l’on dit, « en rémission », mon entreprise créée depuis deux ans avait bien décollé et je venais de terminer l’écriture de mon deuxième livre : bref, je soufflais un peu. Les Compagnons du Devoir, avec lesquels j’avais des relations très amicales, me demandent de participer à l’une de leurs opérations portes ouvertes, pour donner une conférence. Ils me suggèrent, ô merveille, de traiter des liens entre la main et le cerveau, le travail et la culture. Jamais on ne m’avait proposé un sujet aussi riche et l’origine de la proposition me confirmait que le désir de la vraie culture est peut-être plus répandu chez les manuels intelligents que chez les intellectuels, qui peuvent être érudits mais incultes, savants mais tordus, dépourvus de bon sens et infatués d’eux-mêmes.


Une tension vers l’universel.

Image Compagnons du devoir

Image Compagnons du devoir
La culture nous décentre de nous-mêmes, elle nous ouvre aux autres, élargit notre champ de réflexion, forme notre esprit critique. Elle s’épure au fil des années et des siècles, en éliminant peu à peu ce qui est trop marqué par une époque, une mode, bref, ce qui manque d’universalité. Or, catholique veut dire universel, ce qui explique l’intérêt porté par nos papes à la culture. Bien sûr, la foi catholique purifie la culture profane mais, en même temps, elle y trouve une capacité à dialoguer avec tous les hommes et à leur transmettre la vérité dans un langage accessible à tous, quels que soient leur origine géographique et leurs particularismes culturels !

La personne humaine n’a pas que des exigences matérielles.

Dans le monde professionnel, que je n’ai jamais quitté pendant 40 ans, car l’école que j’ai dirigée pendant 11 ans était professionnelle, j’ai constaté avec joie à quel point la population ouvrière était heureuse quand on profitait des besoins de l’entreprise pour élargir son champ de réflexion à celui de l’homme et à l’universalité de ses besoins. Ô combien la personne humaine n’a pas que des exigences matérielles, elle en a de plus essentielles, spirituelles, morales et culturelles…

Transmettre : école catholique, qu’as-tu fais de ta culture ?

La vraie culture est tout à fait vulgarisable, elle peut être mise à la portée de tous, à condition de ne pas utiliser un vocabulaire de spécialiste, d’érudit, de cuistre prétentieux ou de femme savante. Et il y a une culture catholique, qui a besoin d’être vulgarisée. C’est aujourd’hui une des tâches urgentes à accomplir, plutôt que de critiquer sottement l’enseignement de l’Église ou de s’en délecter égoïstement sans porter le souci de le traduire pour le transmettre. Mais au fond, le problème est peut-être que nous manquons de vulgarisateurs parce que nous manquons de gens cultivés. École catholique, qu’as-tu fait de ta culture… ?

Culture, incarnation de ce qui est spirituel…

Jean-Paul II disait encore :
« Si la distinction entre culture spirituelle et culture matérielle est juste en fonction du caractère et du contenu des produits dans lesquels la culture se manifeste, il faut constater en même temps que, d’une part, les œuvres de la culture matérielle font apparaître toujours une « spiritualisation » de la matière, une soumission de l’élément matériel aux forces spirituelles de l’homme, c’est-à-dire à son intelligence et à sa volonté, ― et que, d’autre part, les œuvres de la culture spirituelle manifestent, d’une manière spécifique, une « matérialisation » de l’esprit, une incarnation de ce qui est spirituel. »


Cette remarque sur la culture donne tout son sens au travail et montre la noblesse de cette « soumission de l’élément matériel aux forces spirituelles de l’homme ». De quoi motiver nos jeunes ( et moins jeunes ) au travail !

Père Y. Bonnet.

Un outil de prédication pour transmettre une foi vive en Jésus de Nazareth.

Jésus de Nazareth.

Un outil de prédication pour transmettre une foi vive en Jésus de Nazareth.
Je suis un jeune prêtre de bientôt 78 printemps, auquel on a abrégé son temps de formation, pour qu’il ait le temps de faire un peu d’usage dans l’Église. Au cours de ces trois seules années de théologie à Rome, j’ai eu connaissance de la plupart des erreurs, issues notamment de la lecture positiviste de l’Écriture sainte. J’ai donc été préparé à la lecture des travaux du professeur Ratzinger, devenu par grâce insigne de notre Dieu le Pape Benoît XVI. En outre, il me faut bien avouer que je lisais déjà depuis le début de ses fonctions auprès de Jean-Paul II les ouvrages si clairs et si nourris­sants de ce merveilleux pédagogue. Le deuxième tome de Jésus de Nazareth venant de sortir (1), je l’ai acheté et lu avec passion, le trouvant encore plus magistral que le premier. Le Pape nous en donne lui-même la raison avec simplicité : c’est tout simplement, dit-il, parce que la tâche lui semblait plus difficile que pour l’élaboration de la première partie. Il a donc dû travailler encore plus et mieux ! Je suis convaincu que les enseignants universitaires catholiques, fidèles au magistère, vont en faire leur profit, mais mon propos est tout simplement de faire part à mes chers confrères de l’usage qu’ils peuvent faire de cet ouvrage.

Rencontrer le Jésus réel.

Il se trouve que j’avais à prêcher une retraite de quatre jours entre le Mercredi saint au soir et le dimanche de Pâques fin de matinée, et je n’avais aucune expérience en ce domaine et aucunes notes déjà préparées pour me guider. La lecture de ce tome II m’a considérablement facilité le travail de préparation de ces sept enseignements prévus par la puissance invitante. Le Pape explique avec son humilité coutumière qu’il voulait rencontrer le Jésus réel, se mettre à son écoute et communier ainsi avec ses disciples de tous les temps. Or, que doit faire un prédicateur, sinon aider justement ses ouailles à mieux connaître leur Sauveur, à se mettre à son écoute et à cheminer avec lui ? Tout ce que nous exprime Benoît XVI sur le lavement des pieds, la grande prière sacerdotale, l’institu­tion de l’Eucharistie, les raisons profondes de la décision du Sanhédrin de condamner à mort ce Jésus, qui met en danger le pouvoir politico-religieux du Temple, tout est utilisable, vulgarisable, lumineux.


Se nourrir de l’Ancien Testament pour mieux comprendre l’Evangile.

Un outil de prédication pour transmettre une foi vive en Jésus de Nazareth.
Dans sa récente exhortation apostolique Verbum Domini,  , il conseillait aux fidèles de se nourrir de l’Ancien Testament pour mieux comprendre l’Évangile. Eh bien, il mâche la besogne aux prêtres pour qu’ils puissent initier les susdits fidèles à cette lecture. Toutes les références utiles sont à disposition mais également toutes les incompréhensions possibles, les fausses pistes, les blocages, les confusions. Comme toujours le Pape réfute les erreurs avec délicatesse, donne acte à chacun de ce qu’il dit de vrai, montre les limites de l’inter­prétation ­historico-critique, ses conditionnements et ses impasses. Il ajoute dans son avant-propos que les récits de l’enfance du Christ n’avaient leur place ni dans le tome I ni dans le tome II. Il se propose d’en faire un « petit fascicule si Dieu lui en donne la force ». Très Saint-Père, nous prions de tout notre cœur pour que notre formateur poursuive ce travail si précieux pour ses prêtres. Que Dieu vous bénisse !

Père Y. Bonnet

1. Joseph Ratzinger – Benoît XVI, Jésus de Nazareth, Éd. du Rocher, 352 p., 22 e.