Parcours Le rôle de la Vierge marie dans le Salut des Hommes, père Y. Bonnet, in memoriam.

Annonciation : erratum
Chers Amis, une lectrice nous fait remarquer fort justement que « la particularité de cette année est que la solennité des solennités : Pâques a la préséance sur l’Annonciation, qui sera de fait le 9 avril ». Nous ré-envoyons cette lettre de diffusion avec nos excuses pour cette erreur, puisque nous l’avions envoyé pour le 25 mars, que le père Yannik Bonnet excusera aussi de là-haut.

Nous publions un texte moins connu du père Yannik Bonnet sur la Vierge Marie, qu’il avait remanié en 2010. Il n’est plus parmi nous, mais sa voix n’est pas éteinte pour autant, et il serait certainement heureux que soit diffusés ses mots sur Marie qu’il aimait tant.

Parcours Le rôle de la Vierge marie dans le Salut des Hommes, père Y. Bonnet, in memoriam.

Introduction au parcours Le rôle de la Vierge Marie dans le Salut des Hommes. Ce parcours sur Marie nous a été laissé par le Père Bonnet, il l’avait rédigé et remanié en 2010 pour le site Saint Joseph du Web. In memoriam, en cette fête de l’Annonciation. Le parcours comprend 12 articles que nous mettrons en ligne bientôt.

 

Marie ne peut être assez louée

Que la Sainte Vierge ait joué un rôle éminent dans le salut des hommes, voilà qui n’a jamais été contesté au sein de l’Eglise catholique. Que cette histoire du salut se joue actuellement dans chacune de nos âmes et qu’en conséquent la dévotion mariale soit une nécessité, voilà ce que tous les papes contemporains n’ont cessé de nous rapeller depuis plus de cinquante années. Le fondateur même du protestantisme, Martin Luther, écrit en 1533, que pour cette raison  » la créature Marie ne peut être assez louée » ( cité par R. LAURENTIN, la Vierge et le concile, Paris Lethielleux, 1965, p27). 

Pour ceux qui désirent approfondir la relation entre les propos de Luther sur Marie et la doctrine catholique, cliquez : http://www.mariedenazareth.com/1256… 

Le problème des titres donnés à Marie

Toutefois, l’histoire de l’Eglise montre qu’il n’est jamais facile de donner officiellement un titre à la Vierge Marie. Quand le Pape Paul VI promulgua solennellement la constitution dogmatique Lumen Gentium, dont le dernier chapître consacré à la Vierge Marie y avait été intégré non sans d’âpres négociations, (un grand nombre de Pères désirant initialement qu’il y ait un texte distinct traitant du rôle de la Vierge Marie pour que l’importance de celui-ci et la place même de la Mère de Dieu ne s’en trouvent pas minimisés,) il en profita pour proclamer  » Marie Mère de l’Eglise, c’est-à-dire de tout le peuple de Dieu, aussi bien des fidèles que des pasteurs ». Cette proclamation ne souleva pas l’enthousiasme unanime des pères conciliaires et, si elle fut accueillie avec joie en Italie, Espagne, Pologne, le moins qu’on puisse dire est que l’accueil fut réservé dans les milieux catholiques de l’époque en de nombreux pays : l’auteur de ces lignes en a une claire mémoire !

A l’époque de la préparation du concile Vatican II, quelques centaines de Pères souhaitaient une nouvelle définition dogmatique concernant la Vierge Marie et certains proposaient précisément des titres divers, tels que corédemptrice ou des définitions du rôle de Marie par exemple dans la médiation ou la maternité spirituelle. Mais ils n’eurent que peu de succès pour des raisons théologiques. Il fallait attendre le Magistère de Jean-Paul II qui développa tous les points encore imprécis dans la conscience catholique du coup de génie de vatican II et de Paul VI : montrer la place de Marie dans l’économie du salut, toute relative à son divin Fils et tirer les conséquences théologiques profondes de son titre de Mère de l’Eglise. Nous conseillons, pour mieux comprendre, de lire le livre du père Jean-Michel Garrigues, l’Epouse du Dieu Vivant,( editions Parole et Silence, 2000) explication claire de la constitution Lumen Gentium et de la place de Marie dans le salut des hommes. Ou de lire le présent parcours !

Père Y. Bonnet

Comment pouvez-vous dire que tout est grâce? Dernière chronique du P. Y. Bonnet, décédé ce 16 mars 2018

Le père Yannik est retourné vers le Père ce vendredi 16 mars au soir. Il aimait tant saint Joseph…il le fêtera au Ciel cette année. Cette dernière chronique, rédigée juste avant qu’il ne se sache atteint d’un cancer foudroyant, était déjà une forme d’au-revoir. Nous le pleurons et le remercions pour tant de bien qu’il a fait, d’encouragements prodigués et d’amitié partagée.

 

 

 

Comment pouvez – vous dire que tout est Grâce ?
Les chrétiens sont souvent interpelés à propos de cette phrase qui fait partie de la sagesse populaire ….chrétienne.

Et de fait, il est facile de débiter la liste de tout ce qui ne va pas dans notre monde. Le premier reflexe du sage consiste à poser une question à l’interlocuteur : pouvez- vous me dire les critères de jugement dont vous vous servez pour décréter ce qui va et ce qui ne va pas dans notre bas monde ? on peut en effet évaluer l’impact d’un événement ou la valeur d’ une action de bien des façons.

Avant de porter un jugement, il faut toujours prendre le temps d’ analyser la situation, qui peut s’ avérer plus complexe qu’on ne l’imaginait.

Le deuxième réflexe consiste à faire remarquer que nous ne connaissons pas l’avenir et que l’histoire, merveilleuse rallonge à notre courte expérience de la vie, nous montre que c’ est souvent l’imprévisible qui se produit et qui infirme les pronostics optimistes ou pessimistes que nous nous étions aventurés à faire !

Et c’ est à ce niveau que s’opère une différence profonde entre l’incroyant et le chrétien. C’est bien notre Foi qui affirme à notre raison que le Dieu que nous adorons  » est  » Amour, qu’Il ne peut vouloir pour nous que le bonheur pour lequel Il nous a créés, celui d’une vie éternelle où Il nous comblera de sa tendresse infinie. Le chrétien ne méprise pas la vie terrestre mais il sait qu’elle n’ est qu’un passage pour nous conduire à la Vie Eternelle. Il dépend de nous qu’elle nous permette d’accéder à ce Bonheur que, seul, notre Dieu peut nous donner et pour lequel Il s’ est fait homme, allant jusqu’à mourir sur une Croix par pur Amour.

Dans cette perspective, le chrétien convaincu sait bien que sa manière d’évaluer les événements diffère profondément de celle des incroyants. Autant pour ce qui concerne les actes des personnes, il est tout à fait possible de trouver des points de convergence avec les incroyants, car il y a une morale  » naturelle « , accessible à tous les hommes de bonne volonté, autant pour ce qui concerne la  » marche du monde « , c’est beaucoup plus ardu. Car, pour le croyant , l’essentiel est de parvenir à la Vie Eternelle et, de ce fait , il évalue la vie terrestre en fonction de critères religieux, c’est-à-dire de relation avec ce Dieu, qui l’aime au point d’ avoir subi volontairement une souffrance indicible pour le sauver.

Dès lors l’expression « Tout est Grâce  » prend tout son sens : Dieu qui est Amour et pour Lequel le temps n’existe pas agit en permanence pour le salut éternel de ses chères créatures. Ce salut éternel nécessite peut-être des épreuves, qu’à vue humaine nous pensons injustes, insupportables, inhumaines.

Nous oublions que Dieu sait mieux que nous tirer du Bien de ce qui est objectivement un mal : pensons aux horreurs perpétrées pendant les guerres, aux régimes politiques totalitaires et, plus proches de nous, aux horribles  » faits divers  » relatés par nos media. Nombre de drames ont paradoxalement été à l’origine de conversions humainement impensables, ce qui confirme la puissance de la Grâce divine. Je pense au procès des criminels de guerre, à Nuremberg, pendant lequel l’un d’entre eux a vécu un retournement total, approuvant sa condamnation à mort par pendaison en la considérant comme une grâce aussi merveilleuse qu’ imméritée.

La Grâce divine ne fait jamais défaut.

Père Y. Bonnet

Le bagage culturel de « l’honnête homme » catholique du 21ème siècle.

Que mettre dans le bagage de  » l’honnête homme » catholique du 21ème siècle ?

Le bagage culturel de "l'honnête homme" catholique du 21ème siècle.

L’Eglise catholique ne cesse d’affirmer par l’enseignement du Magistère, encycliques, exhortations apostoliques et textes du Concile Vatican II, que les laïcs ont une mission évangélisatrice spécifique : faire régner la vertu de Charité dans la société humaine en jouant leur rôle dans le renouvellement de l’ordre des réalités temporelles.

 

Or, la Charité ne peut s’exercer que dans la Vérité ( Caritas in Veritate, Benoît XVI), et les  fidèles laïcs catholiques doivent, de ce fait, être capables de tenir leur place dans le débat des idées, de clarifier leurs positions, d’exposer leurs arguments. Dans les  » urgences de ce temps », affirmait le texte de Gaudium et Spes ( deuxième partie du texte). Lors du Concile de Vatican II, le champ de la Culture arrivait en deuxième position, immédiatement après la restauration de la dignité du mariage et de la famille. Jean-Paul II n’a cessé de rappeler aux catholiques l’importance de leur investissement dans le monde de la culture et Benoît XVI également dans Caritas in Veritate.

 

Comment se fait-il donc que les laïcs catholiques exercent souvent d’importantes responsabilités sociales, économiques, politiques, scientifiques, artistiques, culturelles, éducatives, et soient si souvent silencieux face à des affirmations inconsistantes, reprenant les idées à la mode diffusées par la « médiacratie » et contribuant au délabrement de la société moderne? Ce ne sont pas les enseignements de qualités qui font défaut puisque depuis la fin du Concile, les papes Paul VI et Jean-Paul II, puis Benoît XVI en ont explicité le contenu et qu’ils ont fait en sorte que les catholiques disposent de deux outils remarquables, le catéchisme de l’Eglise Catholique et le Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise.

 

Vulgarisation, diffusion à tous et formation  » technique » à l’argumentation.

Deux réponses à cette question semblent pertinentes. La première est que cet enseignement a été très insuffisamment vulgarisé et diffusé. La seconde est que l’apologétique, c’est-à-dire l’art d’argumenter dans le débat, ne semble plus à l’honneur dans la formation de  » l’honnête homme » catholique du 21ème siècle, qui oscille entre le défaitisme ou l’affirmation péremptoire, mais ne sait où trouver le matériau et la formation nécessaire. Il y a donc à la fois un problème de contenu et un problème de formation  » technique » au dialogue, à l’argumentation et au débat.

 

 » Mode d’emploi de l’Homme » = Anthropologie chrétienne.

Pour ce qui concerne le contenu de la formation à donner, le premier thème à développer est celui de l’anthropologie, c’est-à-dire en termes vulgarisés,  » le mode d’emploi de l’homme », la connaissance de l’homme selon la révélation chrétienne, en distinguant pour mieux les unir, ce qui relève de la raison et ce qui est révélé par la Foi. Ce thème permet d’aborder la question du libre arbitre, celle de sa bonne utilisation, celle du bonheur et du sens de la vie, celle de la place des sciences humaines, celle de la sexualité dans toutes ses dimensions et non pas seulement la dimension charnelle, celle de l’éducation, de la préparation au mariage, etc…et de ne pas baser une vie chrétienne sur…une conception boudhiste de l’homme, ou rationaliste, ou athée, technologiste, etc!

 

Il paraît important, en lien avec les rapport Foi-Raison, de montrer qu’il y a un « ordre naturel  » dans la vie personnelle et la vie sociale, accessible à tous les hommes de bonne volonté, et un  » ordre surnaturel » qui finalise l’ordre naturel, pour lui donner une dimension d’éternité. La notion d’ordre naturel, contraire aux idéologies issues du siècle des Lumières qui ont tout fait pour saborder cette notion, la juste place donnée à la raison, facilitent le dialogue entre croyants et incroyants et leur coopération pour construire une civilisation de l’Amour.

 

 

Construction de la civilisation de l’Amour : Doctrine sociale de l’Eglise

Le bagage culturel de "l'honnête homme" catholique du 21ème siècle.

Le deuxième grand thème à développer est justement celui de cette nécessaire construction, fondée sur l’anthropologie chrétienne, la notion du Bien Commun, les principes de destination universelle des biens temporels, de subsidiarité dans l’organisation sociale, de la priorité dans l’attention aux pauvres ainsi que sur les valeur de justice, de solidarité, de don de soi et…de travail. C’est là qu’intervient la Doctrine Sociale de l’Eglise.

A ce thème s’ajoute le thème important de l’Histoire, celle qui est accessible grâce à la transmission purement humaine et celle de la Révélation contenue dans la Parole de Dieu, l’histoire de l’Eglise, l’histoire des rapports de l’Eglise et de la Cité, le droit civil et le droit ecclésial et son développement, la vocation historique de chaque nation, la vocation de la France, Fille Ainée de l’Eglise. Que d’erreurs et d’idéologies peuvent être évitées par une connaissance exacte de l’histoire et de ses leçons!

 

Sans oublier les exercices pratiques!

Reste la deuxième partie de la formation de  » l’honnête homme » qui concerne l’art de débattre et d’argumenter. Dans cet art, on retrouve à la fois :
– un aspect culturel, en terme de connaissances acquises, de formation historique, humaine, catéchétique, doctrinale, qui permettent un recul et un esprit critique indispensables face aux idéologies et interrogations contemporaines,
– et un aspect maïeutique auquel il faut ajouter un travail d’exercices pratiques en termes de communication, d’argumentation et de débat.

 

Il paraît indispensable aujourd’hui de pouvoir offrir à cet  » honnête homme » catholique ce bagage de formation pour qu’il puisse dans un monde traversé par toutes sortes d’idéologies et d’attentes, tenir sa place,  » répondre de l’Espérance qui est en lui », contribuer à conforter un grand nombre de personnes de bonne volonté qui ne se sentent pas défendues ni entendues dans la vie sociale qui est la leur.

C’est l’objectif de ce site, dont les rubriques vous offrent déjà de nombreuses pistes de réflexion et de formation : fondamentaux de l’éducation, de l’antropologie chrétienne,  de la Foi et du catéchisme de l’Eglise catholique, de la doctrine sociale… sont à votre disposition.

Benoît XVI ne cesse de rappeler aux chrétiens d’aller sur le  » parvis des Gentils », de ne pas avoir peur d’être présents sur la  » mer numérique », d’utiliser les moyens de communications modernes au service de l’Evangélisation. Voilà pourquoi nous mettons en place cet instrument de formation. Merci de votre aide, de vos encouragements, de vos prières…et n’hésitez pas à nous faire connaître!

Père Yannik Bonnet

Humilité spirituelle et humilité psychologique : il y a vertu et vertu….à notre humble avis.

Vertu psychologique ou développement personnel d’une vertu.

Tartuffe, ou la manipulation de Dieu à des fins personnelles, dénoncée par l'humour et l'intelligence de Molière. Un classique qui vaut bien des sermons !

Tartuffe, ou la manipulation de Dieu à des fins personnelles, dénoncée par l’humour et l’intelligence de Molière. Un classique qui vaut bien des sermons !
Ah, cher Tartuffe de Molière, qui mieut que vous peut montrer cela? Cachez cette vertu que je ne saurais voir!
Certains exercices de contrôle de soi, de maîtrise non pas des tendances vers le mal mais des défauts personnels-neutres en soi-sont faciles à confondre avec une apparence de vertu. Psychologiquement, on peut  » guérir » de ses accès ( visibles) de colère, on peut devenir doux, ( douceatre, en réalité), mais pour les plus doués, parfaits en apparence et parfaits psychologiquement parlant : impossible de prendre en défaut la cuirasse pharisienne de perfection humaine. Non seulement la réussite est là, mais l’humilité semble là aussi. Pas de mise en valeur, pas de bling bling, pas de clinquant, mais pauvreté, simplicité.
Rien que de très louable ?
Effectivement, on voudrait y arriver aussi. En réalité, il s’agit de vertu humaine, et selon la conscience droite, on rencontre la vertu humaine, heureusement, partout dans toutes les religions. Et dans toutes les religions, on en connaît la contre-façon. Elle demande, pour être repérée, un particulier discernement du type  » La divine Comédie » de Dante, fin observateur des contre-façons qui mènent dans les différents cercles de l’Enfer,  voir aussi la description des pécheurs-grands auteurs de littérature avertis comme les personnages de  » Bel-Ami  » de Maupassant, ou Vautrin de Balzac.
Et le discernement des saints.

 

L’humilité psychologique reste humaine, l’humilité spirituelle est un don de Dieu.

L’humilité psychologique est une préparation à la sainteté, quand elle n’est pas hypocrite et manipulation pour parvenir à ses fins propres en abusant de la naïveté d’autrui. Mais elle n’est pas encore la sainteté. Les avantages de l’humilité psychologique ( respect et admiration des autres, possibilité de passer pour un martyr, un saint vivant, un modèle ou tout simplement le fait d’être fort agréable à vivre) seront largement remis en cause par la véritable vie spirituelle selon Saint Jean de la Croix : accéder à la vertu humaine reste un succès personnel, qui permet de déclarer humblement  » que l’on a lâché prise », ou  » renoncé au pouvoir » ,  » qu’à force d’humiliation on est parvenu visiblement à l’humilité »,  » tout m’est indifférent de la comédie humaine »,  » je suis au summum de l’humilté » donc ce n’est pas de l’humilité spirituelle !
Pensons à Mère Téresa, humble humainement parlant, non dépourvue paraît-il d’un caractère qui ressurgissait en apparence de volcan…mais vivant la vraie nuit de la foi en secret, et surtout, ne faisant pas sa volonté propre.

 

Volonté propre et obéissance à l’Esprit Saint.

Humilité spirituelle et humilité psychologique : il y a vertu et vertu....à notre humble avis.

Le manque d’humilité spirituelle se repère ( en nous! pas dans le voisin, gare au jugement et à l’accusateur de nos frères!) au fait que lorsqu’il y a épreuve, échec, il y a comme un contre-témoignage qui vise à faire accuser…l’Esprit Saint. Dieu, dont on s’est servi pour des fins personnelles, et qui devient l’accusé aux yeux des non-croyants, et comme dans la Bible, les impies des psaumes se gaussent du chatiment des croyants-pécheurs :  » Où est-il, ton Dieu ». Ainsi les médias sur chaque manque d’humilité mis à jour des chrétiens. Et voilà la vraie humilité qui s’impose : resterons-nous fidèles au Dieu humble de la Croix face à notre échec et à sa bonté, face à notre volonté propre qui nous mène vers la catastrophe, tandis que sa Volonté nous sauve ?

Notre indépendance envers Dieu ( rien à voir avec l’autonomie psychologique légitime de l’homme adulte) nous pousse vers la désobéissance, et vers la recherche de la vaine gloire, jusque dans l’humilité psychologique ou vertueuse la plus réussie humainement. Ce fut l’erreur des Ariens, déjà au 4éme siècle, qui réclamaient une juste réforme de l’Institution Eglise face aux péchés et abus de ses membres en imaginant une église de parfaits, d’hommes vertueux, pauvres, humbles…mais toute la gloire en revenait aux efforts humains et retombait immanquablement dans l’orgueil et l’illusion. On a appelé cela du nom du fondateur de cette première secte le Pélagianisme. Établi à Rome et devenu le maître spirituel d’un groupe d’aristocrates, Pélage enseigne qu’il est possible de choisir le bien et de vivre sans péché, de suivre les commandements de Dieu en exaltant la primauté et l’efficacité de l’effort personnel dans la pratique de la vertu. Le pélagianisme soutenait que l’homme pouvait, par son seul libre arbitre, s’abstenir du péché et contestait le péché originel.

Saint Augustin, grand saint, et pourtant lui-même fort pécheur, combattit cette hérésie, devenue l’hérésie semi-arienne jusqu’à la fin de ses jours : l’homme ne peut se sauver par lui-même ou par les efforts de sa volonté propre. Il peut s’améliorer, mais ce n’est pas cela la sainteté. Les vertus humaines ne peuvent être conduites à la sainteté que par l’action de l’Esprit Saint et par la Croix, on revient toujours là. Au fond, la question du psycho-spirituel est peut-être une résurgeance de la question théologique de la grâce et du libre-arbitre. Vaste sujet ! A notre humble avis…!

 

Saint Augustin explique dans son traité  » Contre les Ariens » le problème de la volonté propre et de la volonté du Christ.

Détails de la conversion de Saint Augustin

Détails de la conversion de Saint Augustin

 » Du reste, ces paroles mêmes de Jésus-Christ : «Je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé (1) », se rapportent à un fait particulier. Le premier homme, Adam, dont l’Apôtre dit : « Le péché est entré dans le monde par un seul homme et la mort par le péché, et ainsi la mort a passé dans tous les hommes par celui en qui tous ont péché », le premier homme, dis-je, en faisant sa volonté, et non pas la volonté de celui par qui il avait été fait, rendit coupable et digne de châtiment le genre humain tout entier, sa race flétrie. C’est pourquoi celui qui devait être notre libérateur, a par une raison contraire fait non pas sa volonté, mais la volonté de celui par qui il a été envoyé. Ici, en effet, l’expression : sa volonté, doit être entendue dans le sens d’une volonté personnelle opposée à la volonté divine. Car,lorsque nous obéissons à Dieu et que, à raison de cette obéissance, on dit que nous faisons la volonté de Dieu, nous n’agissons pas en cela contre notre volonté, mais bien volontairement; et par là même, si nous agissons volontairement, comment est-il vrai que nous ne faisons pas notre volonté, sinon parce que ces mots : notre volonté, lorsque l’Ecriture les emploie, désignent une volonté personnelle opposée à la volonté de Dieu? Cette volonté a existé dans le premier homme, elle n’a -pas existé en Jésus-Christ, et c’est pour cela que nous avons reçu la mort dans le premier et la vie dans le second. Car on peut sans exagération appliquer ces expressions de vie et de mort à la nature humaine; dont la désobéissance a fait naître en elle-même cette volonté personnelle opposée à la volonté de Dieu. Du reste, quant à la divinité du Fils, la volonté du Père et la sienne ne sont qu’une seule et même volonté; et elles ne peuvent en aucune manière être différentes, la nature de la Trinité étant immuable dans toute son étendue. Mais le Médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme (2), pour ne pas faire cette volonté propre, opposée à Dieu, n’était pas seulement homme, il était Dieu et homme. Et par ce privilège admirable et unique, la nature humaine pouvait être en lui exempte de toute espèce de péché. Il s’exprime donc ainsi: « Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de celui qui.m’a envoyé », parce que étant descendu du ciel, c’est-à-dire étant à la fois Dieu et homme, son obéissance devait être parfaite et absolument exempte de toute faute de la part de l’homme qui était en lui.  » ( Traité contre les Ariens, de saint Augustin )

L e pape Benoît XVI reprend et explique en termes modernes ce même thème de la Volonté du Christ qui sauve notre volonté propre de ses erreurs et du péché.

Théologie de la confiance dans le Sacré Coeur de Jésus, saint Claude la Colombière

Que dire à l’accompagné qui commence à découvrir qu’il ne peut se sauver lui-même ?

 Théologie de la confiance dans le Sacré Coeur de Jésus, saint Claude la Colombière

Une étape de la vie spirituelle consiste dans la découverte que l’homme ne peut se sauver lui-même, mais surtout que JE ne peux me sauver moi-même! Parfois, l’âme en vient à dire, comme dans le psaume :  » Sauve-moi de ce désastre! » , et il ne s’agit pas d’une découverte de soi psychologique, de défauts naturels, mais de la découverte fondamentale qu’on ne fait pas le bien que l’on voudrait , mais plutôt le mal que l’on ne voudrait pas, selon le mot de saint Paul.

Les citations suivantes de saint Claude la Colombière, apôtre du Sacré Coeur, s’adressent donc à ceux qui connaissent de l’intérieur cette étape nécessaire mais risquée, car elle est aussi une période de tentation de désespoir masqué, face au réel des méandres du coeur humain, de tentation d’oublier le réel divin du Salut .

 

Rien n’est capable d’épuiser la Miséricorde du Sacré Coeur

 »  Si j’étais à votre place, voilà comment je me consolerais. Je dirais à Dieu avec confiance : Seigneur, voici une âme qui est au monde pour exercer votre admirable miséricorde, et pour la faire éclater en présence du Ciel et de la terre. Les autres vous glorifient en faisant voir quelle est la force de votre grâce, par leur fidélité et leur constance, comme vous êtes doux et libéral envers ceux qui vous sont fidèles.

Pour moi, je vous glorifierai en faisant connaître combien vous êtes bon envers les pécheurs et que votre miséricorde est au-dessus de toute malice, que rien n’est capable de l’épuiser, que nulle rechute, quelque honteuse et criminelle qu’elle soit, ne doit porter un pécheur au désespoir du pardon. Je vous ai grièvement offensé, ô mon aimable Rédempteur ; mais ce serait bien encore pire si je vous faisais cette horrible outrage de penser que vous n’êtes pas assez bon pour me pardonner. » ( Saint Claude la Colombière, cité par Georges Guitton, édition Fidélité, p 179)

 

Claude la Colombière et Thérèse de Lisieux

Mosaïque de la chapelle du père La Colombière, Paray-le-Monial, où se trouve son tombeau. Il est représenté à droite, à côté de saint François de Salle.

Mosaïque de la chapelle du père La Colombière, Paray-le-Monial, où se trouve son tombeau. Il est représenté à droite, à côté de saint François de Salle.

Un autre passage de Saint Claude la Colombière annonce la Doctrine d’Amour de Thérèse de Lisieux et réconforte toute âme :

 » Voilà une confiance vraiment digne de Dieu, qui bien loin de se laisser abattre par la vue de ses fautes, se fortifie, au contraire, dans l’idée infinie qu’elle a de la bonté de son Créateur. La confiance qu’inspirent l’innocence et la pureté de la vie ne donne pas, ce me semble, une bien grande gloire à Dieu car est-ce donc tout ce que peut faire la miséricorde de notre Dieu que de sauver une âme sainte qui ne l’a jamais offensé ? Il est certain que, de toutes les confiances, celle qui honore davantage le Seigneur, c’est celle d’un pécheur insigne qui est si persuadé de la miséricorde infinie de Dieu, que tous ses péchés ne lui paraissent que comme un atome en présence de cette miséricorde… » ( Sixième médidation sur la Passion, Claude la Colombière, cité par G. Guitton, op. cité, p 180)

Les deux idéologies qui nous menacent sont déjà condamnées. Père Y. Bonnet

mouton-loup1Que penser de la collusion entre Islam wahhabiste et mondialisme athée ?
Celui qui me pose cette question s’intéresse depuis longtemps à la politique, au sens le plus noble du terme. Il me fait remarquer que l’influence de cette finance mondialiste  installée aux Etats Unis  ne s’exerce pas seulement dans ce grand pays mais dans tout le monde libre, dont elle finance directement ou indirectement les mass media grâce auxquels elle a largement contribué à faire évoluer les mentalités pour tout ce qui concerne le triptyque  » contraception, avortement, euthanasie « , à faire la promotion de l’homosexualité, de l’ idéologie du genre et du « mariage » homosexuel. Parallèlement elle s’efforce de mettre en place le libéralisme économique illimité, de favoriser les grandes migrations en vue d’un « métissage » qui nivelle les cultures des peuples et, plus grave encore, de promouvoir le transhumanisme, « ultime transgression » (titre de l’ouvrage du docteur Dickes traitant du sujet).

Ce qui surprend mon interlocuteur, c’est que ce mondialisme financier se soit acoquiné avec l’ Islam wahhabiste. Cette alliance lui parait complètement contre nature. Notre homme n’est pas un enfant de choeur, il a bien compris que si les USA participent aux combats contre Daech, c’est tout simplement parce que cette lutte facilite la montée en puissance du Wahhabisme et des Frères musulmans, partenaires moins voyants et plus solides financièrement dans la perspective éventuelle d’ une collaboration au long cours. Mais, me dit-il, que faut-il penser de cette collusion?

Ce mondialisme financier est bien profondément athée, voire luciférien. Comment une religion monothéiste et, disons le, intolérante comme l’Islam wahhabiste, peut elle se prêter à une telle alliance?
Ma réponse est très simple, cette collusion me fait irrésistiblement penser au Pacte germano-soviétique  qui a précédé et facilité le dépeçage de la Pologne et a, en quelque sorte donné le coup d’ envoi de la deuxième guerre mondiale. Pour les observateurs de l’ époque, il ne faisait pas de doute que cette « alliance » ne durerait pas. Comme disent les Africains, on ne peut faire vivre ensemble deux crocodiles adultes dans un même marigot!

Deux idéologies totalitaires comme le nazisme et le communisme ne pouvaient manquer tôt ou tard de s’affronter, dès qu’ elles auraient vaincu leur adversaire commun et neutralisé ses alliés, et c’est bien ce qui s’ est passé. Mais le Wahhabisme et le mondialisme athée ont un ennemi commun : l’ Eglise Catholique. Notre seul véritable adversaire, disait notre ex ministre Peillon. Mésestimait-il l’Islam ? Je n’ en suis pas sûr, je crois plutôt qu’ il en avait confusément perçu les fragilités, les contradictions, le caractère irrationnel, le « machisme » aussi insupportable que désuet. Qu’il soit, lui aussi, comme le mondialisme financier, une idéologie totalitaire, en fait un partenaire idéal : l’histoire nous apprend que  dès les deux premiers siècles de son existence, il a éliminé les chrétiens du Moyen Orient et de l’ Afrique du nord de façon brutale et sanglante et tout indique qu’ il peut récidiver.

Mais , le renouveau spirituel de la fille aînée de l’ Eglise s’amorce déjà et sa patronne, Marie, nous a montré à Lépante la puissance du Rosaire. Quant au sang des martyrs, il a toujours été source de conversions imprévisibles. Les deux idéologies  qui nous menacent  feront des dégâts, mais elles sont déjà condamnées.

Père Y. Bonnet

Saint Michel, l’Eglise et le combat.

 

Saint Michel, l'Eglise et le combat.
L’Eglise peut-elle se passer de  » guerriers  » ?
La réponse est simple, c’est : non ! Au moment où j’écris cette chronique, cela fait deux jours seulement que nous avons fêté les trois archanges, Michel , Gabriel et Raphaël. Mais cela fait deux ans  qu’avec mes confrères de Carnac nous avons remis en honneur la prière à Saint Michel composée par Léon XIII, après qu’il ait reçu du Ciel le message que Lucifer serait déchaîné un siècle au sein même de l’Eglise. Pendant toute mon enfance, après chaque Messe, on priait trois  » Ave « , puis le  » Salve Regina « , suivi de deux oraisons; la première implorait Dieu pour la conversion des pécheurs, pour la liberté et le triomphe de l’Eglise, la seconde, adressée à Saint Michel lui demandait de nous aider dans le combat.Et ce combat visait le démon, sa perfidie, ses embûches. Elle se poursuivait en demandant à Dieu d’exercer sa puissance sur lui et se terminait par une demande à Saint Michel,  » prince de la milice céleste « , celle de repousser en Enfer Satan et les autres esprits mauvais qui rôdent dans le monde pour la perte des âmes !

Ces prières , dites  » au bas de l’autel » , avaient été prescrites par le Saint Père. Soixante ans plus tard on les priait toujours et on en était au quatrième Pape après Léon XIII. En revanche , quand je suis arrivé dans mon diocèse, cinquante ans plus tard, j’ai été interppelé à plusieurs reprises par des confrères  qui s’étonnaient ironiquement que je crois à l’existence des anges et à fortiori du diable. En outre, l’idée même que prêtres et fidèles nous puissions avoir le devoir de livrer un combat, était impensable dans l’ambiance affective et invertébrée qui régnait alors.

Certaines réactions ecclésiastiques, voire épiscopales, à l’égard de la  » Manif « , montrent bien que la Béatitude des artisans de paix est toujours interprétée par les clercs susnommés dans le sens du pacifisme défaitiste et non d’une action courageuse de combat pour la paix. Et pourtant, me semble-t-il, on m’a appris que Saint Michel était le fidèle lieutenant de la Vierge Marie, laquelle remplit fidèlement la mission d’écraser la tête de Lucifer. Et qui pourrait contester que la Vierge Marie est, pour les enfants que son Fils lui a donnés sur la Croix, toute douceur, humilité, miséricorde.

On mesure bien ainsi à quel point la dialectique marxiste a contaminé les intelligences, il est devenu impossible à beaucoup de nos contemporains de penser que l’on puisse allier la force et la tendresse, la combativité et la miséricorde, la rectitude de la pensée et la pratique du dialogue.

Il ne faut donc pas s’étonner des difficultés que pose  dans un tel contexte  la nécessité de maintenir la Vérité doctrinale, tout en recherchant les voies pastorales, qui puissent permettre de faire cheminer les pécheurs vers cette Vérité sans les blesser ni les juger. Pendant ses trois années d’évangélisation, le Christ nous a montré que cela était possible et les exemples ne manquent pas, son dialogue avec la Samaritaine, son attitude avec Zachée, sa défense de Marie-Madeleine face au pharisien Simon, sans oublier le  » sauvetage  » de la femme adultère, assorti de l’injonction  » Va et ne pèche plus « .

Mais dans le même temps, avant d’entrer librement dans sa passion, le Christ n’a pas cessé de combattre avec énergie les mauvais bergers. C’est ce qu’Il attend de nous et sa Grâce ne nous fera pas défaut.

Père Y. Bonnet

Prêtre Yannick Bonnet : « C’est la famille qui donne le sens du bonheur » : article du pélerin.

Un article ( paru dans le Pélerin), toujours et plus que jamais d’actualité!

 


Prêtre Yannick Bonnet : "C'est la famille qui donne le sens du bonheur" : article du pélerin.

Dans le cadre de Familles 2011, Yannick Bonnet, veuf devenu prêtre, est l’invité d’honneur de la rencontre organisée par le diocèse de Strasbourg, les 14 et 15 mai 2011 (1). L’occasion pour ce prêtre de redire sa conviction : c’est la famille qui donne le sens du bonheur. Père de sept enfants, il a une foi très ancrée, portée par sa famille nombreuse. 
 

 

 

Pèlerin : Polytechnicien, haut responsable dans une grande entreprise, père de famille, veuf… puis prêtre. Votre parcours n’est pas banal… 

Yannick Bonnet (2) :  J’ai longtemps été un homme d’entreprise : j’ai dirigé un laboratoire, puis les ressources humaines, chez Rhône-Poulenc. J’ai toujours été passionné par l’éducation et par les hommes.

En 1975, est parue l’exhortation apostolique Evangelii nuntiandi (Annoncer l’Évangile aux hommes de notre temps) de Paul VI,  dans laquelle le pape insistait pour que tout baptisé joue un rôle dans l’évangélisation. Cela m’a convaincu de me tourner vers la formation. J’ai pris la direction de l’École supérieure de chimie de Lyon. En 1991, les conclusions du synode de Lyon parlaient de la nécessité de la formation dans l’Église. À 60 ans, j’ai décidé de me consacrer à la formation des adultes.

La foi était-elle déjà au cœur de votre vie ? 

J’avais une foi très ancrée, portée par ma famille. Un moment important a été ma rencontre avec Marthe Robin, en 1973. J’essayais de pratiquer la charité, mais il me manquait la colonne vertébrale : l’Espérance.

J’étais très pessimiste sur le cours du monde. Cette rencontre a changé ma vie. Avec sa vive et fine intelligence, Marthe m’a donné confiance. En sortant de chez elle, le pessimisme, c’était fini. Il m’est revenu ce que m’avait dit mon père : « Fais ce que tu sais faire. »

Mais votre vie a pris un chemin imprévu avec la maladie de votre épouse… 

J’ai rencontré ma future épouse dès le début de mon service militaire. Elle avait le même projet que moi : élever de nombreux enfants. En 1989, nous avons appris qu’elle souffrait d’un cancer.

À Lourdes, en 1993, j’ai ressenti fortement un appel au sacerdoce. Puis, à Medjugorje, en 1995, deux mois avant sa mort, j’ai compris que ma femme serait en paix et que le Seigneur m’appelait à le suivre. Je n’en ai rien dit à mon épouse mais elle l’avait deviné. Après son départ vers le Père, j’ai attendu un an avant d’annoncer à mes enfants que je voulais devenir prêtre.
Jusque-là, vous n’y aviez jamais pensé ? 

Non. J’ai su très tôt, comme une véritable vocation, que je voulais être père d’une grande famille. C’était à Alger – mon père était médecin militaire – en 1944, j’avais à peine 11 ans. J’ai entendu le pape dire quelque chose comme : « Vous êtes les soldats du Christ, vous devez vous engager. » J’ai interprété ces paroles de la façon suivante : « Tu es un adulte sur le plan spirituel, il faut commencer à penser à ton avenir. »

Et moi, petit bonhomme d’une dizaine d’années, je suis venu annoncer à mes parents : « C’est décidé, je serai père de famille nombreuse. » Il n’y avait dans ma famille que des officiers depuis des siècles. Mon frère aîné est officier, mon autre frère jésuite. Que me restait-il ? (Il rit.) Je suis le petit dernier et j’ai un peu souffert de ne pas avoir de petit frère ou de petite sœur. Quand venait chez mes parents un jeune couple avec un bébé, je m’en occupais, et tout le monde avait la paix !
Votre père appliquait un principe que vous conseillez aux jeunes : s’appuyer sur ses points forts… 

Il ne m’a jamais embêté avec le fait que je détestais la botanique ou la géologie, car j’aimais la chimie, le latin et le grec. Lui qui était professeur agrégé de chirurgie, un des grands réparateurs des « gueules cassées » de 1914-1918, n’a jamais poussé ses trois fils à suivre sa voie.

Au contraire, il nous a toujours encouragés dans nos choix. Il faut toujours chercher à développer les points forts d’un enfant, au lieu de se focaliser sur la correction de ses points faibles. Travailler sur ses points forts va nécessiter une rigueur, une attention, une persévérance qui auront des retombées positives sur les points plus fragiles. Sans compter que renforcer ses aptitudes donne confiance en soi.

(1) Rens. et inscriptions sur www.sychar.net  ou auprès de la Pastorale familiale du diocèse de Strasbourg. Tél. : 038821 28 76. Participation gratuite.
(2) Auteur d’ouvrages sur l’éducation notamment : Les neuf fondamentaux de l’éducation , Éd. Presses de la Renaissance, 2009, 530 p. ; 16 €.

Que faire dans ce climat de désordre croissant?

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Que faire dans ce climat de désordre croissant ?Sous des formes variées, par des personnes d’ âge, profession et situation familiale diverses, cette question m’est désormais posée en permanence.

 

Ceux qui refusent de se laisser anesthésier ou empoisonner par le bavardage insipide et délétère des media se rendent bien compte que nous approchons d’une échéance douloureuse. Parmi eux, ceux qui s’interdisent le fatalisme ou le désespoir s’interrogent. Le premier mardi d’avril 1973, lors d’ une rencontre inoubliable avec Marthe Robin, je lui ai posé la même question : que faire? La réponse, marquée au coin du bon sens, a fusé :  » Ce que vous savez faire, là où le Seigneur vous a placé, dès que le besoin s’en fait sentir !  » Auparavant elle m’avait fait comprendre que la prière était première et que, sans la Grâce, on ne peut rien.

Mais pour un père de famille nombreuse, conscient de l’importance de l’éducation et plongé jusqu’au cou dans la vie professionnelle, les combats contre l’idéologie marxiste omniprésente et les engagements associatifs, le discernement des priorités et le tri judicieux des activités s’ imposaient, pour éviter l’activisme stérile, garder une vie spirituelle et la solidité du couple. Le conseil était sage, il s’est révélé pertinent et n’a rien perdu de sa valeur. Je le transmet donc à tous, car Marthe ne demandait pas de droits d’auteur.
J’ ajoute que, pour y voir clair dans ce climat d’agitation désordonnée, celui qui veut agir de façon efficace en respectant les exigences de l’ordre naturel, doit impérativement se former solidement à la doctrine sociale de l’Eglise; celle-ci n’a pas cessé de se développer et de s’enrichir en donnant un cadre théologiquement rigoureux, traitant réalistement des questions économiques, sociales et politiques. La réalisation et l’édition en langue française en 2005 d’un « Compendium « , a permis aux hommes de bonne volonté, soucieux d’ agir dans la cité, de disposer d’ un excellent outil de travail.

Le militantisme familial, syndical, scolaire, professionnel et politique, a connu une réelle désaffection, fruit de la société de consommation. Les catholiques n’ ont pas échappé à la contamination. Mais la virulence de l’ offensive laïciste, en raison même de sa pugnacité et de son intolérance, a suscité la réaction de la  » génération JMJ  » , juste récompense due au travail théologique et pastoral du binôme Jean-Paul II – Ratzinger puis de Benoit XVI : une pensée rigoureuse exprimée dans des textes exceptionnels. Les  » Manif  » ont changé les mentalités chez un nombre désormais significatif de catholiques mais aussi, par entraînement, de Français non estampillés catholiques. Reste que le déficit de formation pour les uns et de simple connaissance du contenu de notre Foi pour les autres, devra être comblé au plus vite.
Ajoutons que la première urgence pastorale reste la famille et le mariage. Mais la difficulté de nos jeunes à bâtir des couples pérennes oblige à se poser une question  qui relève également de la formation. Fallait-il, au nom de l’égalité en dignité des deux sexes pratiquer leur co-éducation, contrairement à l’enseignement du Pape Pie XI dans l’ encyclique  » Divini Illius Magistri  » , comme on l’a fait précipitamment après 68 ? J’ai fait l’expérience de prendre à part filles et garçons de quatrième en catéchèse. Résultat, une qualité incomparable d’ attention et de questions.

Père Y. Bonnet

L’action des catholiques sociaux en France. Naissance d’une pensée catholique sociale.

Le vocable.

Léon XIII

Léon XIII

Le terme de catholicisme social semble être utilisé dès le début des années 1890, du moins pour ce qui concerne la France. L’expression existe depuis 1843 mais, à l’époque, elle est très peu usitée et tombe en désuétude pendant plus de 30 ans. Le terme reprendra vigueur au moment de l’encyclique Rerum Novarum ( Léon XIII, 1891).

 

Le courant de pensée.

Le courant de pensée, en revanche, existe en France depuis le début des années 1820. La raison est qu’à partir de 1817, d’après l’économiste Simiand, le pouvoir d’achat des ouvrier commence à baisser, ce qui ne cessera pas jusqu’en 1850.

La concentration industrielle, la mécanisation, l’adoption de la machine à vapeur, la concentration capitalistique, en sont les causes principales. La détresse ouvière, la misère s’installent. ( enquêtes de Villeneuve-Bargemont, Buret et Villermé) Le vicomte Alban de Villeneuve-Bargemont, né le 8 août 1784 à Saint-Auban et mort le 8 juin 1850 à Paris, est un économiste et homme politique français. Aristocrate catholique, il dénonça le premier avec Armand de Melun l’exploitation manufacturière et fit voter les premières lois sociales. Dès 1841, c’est le vicomte Alban de Villeneuve-Bargemont qui fait voter la loi règlementant le travail des enfants, réclamée aussi par le comte de Montalembert, autre grand aristocrate catholique.

Cependant, la misère augmente le mécontentement des classes ouvrières. Or, la législation individualiste, depuis la loi Le Chapelier de 1791, et le code pénal par la suite, interdisent coalition, compagnonnage et associations.

L’économie, dans ce contexte, reste de philosophie individualiste, libérale à l’extrême, axée sur la seule création de richesses ( Adam Smith, Jean-Baptiste Say, Ricardo ).

Politiquement, les classes dirigeantes appartiennent de plus en plus à une bourgeoisie en pleine essor, issue de la la révolution de 1789.

Manifestation de la pensée chrétienne : des débuts ardus.

Travail des enfants, verrerie, XIXème siècle

Travail des enfants, verrerie, XIXème siècle

Face au problème ouvrier, la pensée chrétienne ne peut que se manifester, puisque l’Eglise catholique a toujours enseigné qu’il fallait se pencher sur la misère pour la soulager. Ceci dit, par son ampleur et sa dimension sociologique ( une nouvelle classe sociale est en train de naître : le prolétariat), la question prend un caractère de nouveauté. Le clergé français est très mal préparé à faire face. A la fin de la révolution française, la hiérarchie catholique française est peut-être plus tentée de recruter et de former des prêtres  » dévôts » que des prêtres instruits. Le niveau intellectuel de la masse du clergé n’est pas très élevé et l’existence de quelques penseurs ( dont l’abbé La Mennais ) ne peut faire illusion. Notons cependant que les deux frères Lamennais, Félicité et Jean-Marie, auront un impact durable, l’un sur la pensée sociale, l’autre sur son application concrète. Jean-Marie de Lamennais, resté plus fidèle à la hiérarchie catholique que son frère, deviendra fondateur et on fêta en 2011 le bi-centenaire de sa mort.

Or les laïcs, à l’époque, n’en sont qu’au début de leur rayonnement et de la prise de conscience de leur rôle d’évangélisation dans la vie de l’Eglise en France. Les deux frères Lamennais sont un exemple type des idées et des conflits, ainsi que des risques inhérents au catholicisme social naissant et en plein de vitalité;

Tout ceci explique que la pensée sociale catholique ait eu des débuts difficiles dans notre pays. Ajoutons que les Français cultivent bien l’art d’agir en ordre dispersé et de ne pas se ménager entre eux, ce qui est apparu très nettement en l’occurence. Enfin, il faut remarquer que le courant d’idée socialiste, qui naît à la même époque, utilise pour une partie de ses tenants, une phraséologie  » christianomorphe », ce qui ne peut que contribuer à brouiller la communication.

Comme il existe au sein du catholicisme français un très fort courant d’idées, attaché à l’ordre établi, conservateur au mauvais sens du mot et servi par de talentueux polémistes ( au sein du Journal L’Univers par exemple), il ne faut pas s’étonner que les débuts de la pensée catholique sociale française aient été tumultueux.

Deux courants principaux parmi les catholiques sociaux français.

Jean-Marie de Lamennais, fondateur d'oeuvres sociales multiples

Jean-Marie de Lamennais, fondateur d’oeuvres sociales multiples

Mais cette pensée existe et comporte deux courants principaux, que l’on peut schématiquement étiqueter  » monarchiste légitimiste » et  » démocrate chrétien ».

Mais gardons-nous de vouloir ranger tous les catholiques sociaux sous leur bannière, car ce serait entrer dans un blocage politico-religieux, qui nuirait gravement à la bonne compréhension de ce qui s’est réellement passé. Malgré une certaine faiblesse dans la formation économique de beaucoup de ses partisans, cette pensée sociale catholique s’est développée et structurée pendant une cinquantaine d’années ( 1820-1870), période durant laquelle l‘action des catholiques sociaux était l’oeuvre des pionniers.

Par la suite, comme nous le verrons, l’action s’est à son tour développée et structurée, accompagnant un courant de pensée qui lui-même se renforçait avant de connaître sa  » récompense », l’encyclique Rerum Novarum.

P. Y. Bonnet

 

Timbre édité en 1991 pour le centenaire de Rerum Novarum

Timbre édité en 1991 pour le centenaire de Rerum Novarum